livre d’heures…

Désolée de notre absence fiston. L’Ukraine!  j’aimerais l’entendre de ta voix, je suis si inquiète. Je sais la ville où tu es, je sais que vous devez rester deux par deux, mais quoi d’autres? Cette proximité constante doit être insoutenable …tout de même, c’est inconcevable…2018…

 

Je réponds à ton précieux mail, je te parle d’un temps insouciant…si lointain…

 

Tout serait tellement plus simple de vive voix, si je disais : je vais essayer de te décrire ce qu’était cette solitude, autour de ce quartier…tu vois…nous sommes à proximité de ce lieu d’avant…si tu as 5 minutes…sinon,  c’est comme tu veux…attends, je m’assois près de toi…bouge pas…non non…bouge pas! Je me souviens du premier jour au cœur de ce bourg entouré de béton, un quartier laid, gris, froid…

 

C’était juillet 1968 sous la pluie, un temps pour assombrir un peu plus la situation, qui était déjà une grande désolation. Oui, tout serait plus facile de vive voix, coude à coude.

Mais voilà, tu es déjà parti…

 

…après une semaine d’attente à l’aéroport de Trenton, j’attrapai enfin une place sur un vol vers l’Allemagne. Difficile de s’embarquer avec une priorité 3. Je n’ai plus souvenirs de celui-ci, ni du débarquement.  Mais à partir de là, tout demeure intact dans ma mémoire.

De l’aéroport international de Düsseldorf à Werl 100  kilomètres d’autobahn sous un orage violent, un jour long, sale, décalage horaire en sus. Un bus militaire rempli de jeunes fous, mutés pour une mission de paix. Mutés, séparés de nos familles, inquiets, inexpérimentés; avec des responsabilités effrayantes pour nous qui sortions à peine de l’enfance. Une seule recommandation : se tenir loin du mur de Berlin en tout temps.

À l’arrivée à la Base Militaire on récupère nos bagages, on prend un taxi pour se rendre à l’appartement qui nous est alloué. Qu’on n’a jamais vu. C’est le parrain désigné qui nous a trouvé ce taudis.

Premier choc culturel, la porte d’entrée masquée d’un rideau de black-out extérieur.  J’entre dans un 2 ½ sombre, une chambre meublée, deux grandes fenêtres hautes, habillées de lourds rideaux de bois. Fermés, seuls les bruits de la route, pénètrent. Puis, une grande pièce garnie de meubles massifs, sombres, d’un calorifère ancien. Un paravent à fleurs, divise l’espace.

 

4 (2)

 

La ½ restante est occupée de tout le confort rêvé. Oui, quoi qu’on en dise. Car après, on a vu pire. Entendu pire. On y trouve dans l’ordre, la cuisinière, le réfrigérateur, miniatures. La douche, le chauffe-eau, vide après 10 minutes d’ablutions. Une petite fenêtre, deux battants ouvrants et son rideau réglementaire elle aussi. La toilette munie d’une chasse d’eau verticale, deux mètres de chaîne. Un évier rempli d’une eau souillée de quelques semaines, où nage vaisselle et chaudrons du dernier occupant. La ½ est un fourre-tout, un haut le cœur.

Quatre années folles, là… on en reparlera, l’ailleurs t’instruit, valide ton pays…tu verras.

 

 

 

Extrait d’un travail en cours: L’heure d’après…

 

IMG_2318 (2)

livre d’heures…

25 septembre 2018

 

 

aujourd’hui, on a replié la cabane en montagne, fermé l’auvent. Les extensions ont bien répondu au bouton ON, sont entrées dans la coquille. Refermée comme un mouchoir. Le villageois viendra la cueillir, la déposer à flanc de montagne sur sa terre pour l’hiver. Les skieurs reprendront leur droit au Mont Ste-Anne, envahiront les pistes de ma forêt estivale. À la maison je veillerai mon feu jusqu’à mai prochain, puis je reviendrai pour une énième saison profiter de ma forêt tranquille.

1

livre d’heures…

 

La première fois,

IMG_0683 (3)

 

elle découvrit le site sous une chaleur accablante. Elle traversa le parc et se dirigea vers le stationnement. Elle quitta sa voiture et se rendit sur le promontoire avec vue sur le fleuve. Elle fouillait des yeux le paysage, cherchait entre les branches, humait l’air lourd, tirait l’oreille pour entendre la chute. Elle s’attarda, attentive au moindre mouvement.

Puis elle ajusta son pas aux promeneurs et fila vers le Manoir Montmorency. Elle s’arrêta à la fontaine et assista aux bains des oiseaux sous la canicule.

Elle contourna avec curiosité la maison d’époque, elle franchit le jardin anglais où prônait un immense lit de verdures. Elle découvrit une sculpture inusitée, habillée d’un couvre-sol, emprunté à la flore des environs…

livre d’heures…

 

13 février 2003

Marché flottant…………..

Je ne dois pas oublier ce jour coloré, engrammé à jamais. Nous partirons à 7heures de l’hôtel, 7heures ½ donc, toujours une demie heure de retard c’est la règle d’or ici. Nous y arriverons. Le marché est égal à ce qu’on voit partout en photo, mais plus touristiques encore. L’extirper de l’aura touristique exige des contorsions démesurées. S’assoir dans les longues queues, embarcations obligées, demande une souplesse exemplaire. Nous y sommes arrivés sans trop de douleurs, arrosés par l’eau pollué du Klong, mais remplie d’une pratique culturelle exotique inoubliable. Baptême bouddhiste suprême. Je souhaite que les photos prises soient réussies elles devraient rendre hommage aux souvenirs. Certain, il n’y aura pas le parfum, tout comme nos visites nombreuses dans les différents temples; celui du Bouddha de marbre, le Bouddha d’Émeraude, le Bouddha d’or…Nous avons traversé le Marché aux fleurs, le Marché aux légumes, là, quelles odeurs! quels parfums! Découvrir la Thaïlande c’est par l’odorat…mystique, encensée. Ses couleurs sont parfumées, ses parfums sont colorés. Il faut garder le souvenir de l’ombre chapeautant le marché. Ambiance profonde.

 

gsll 044

 

mes carnets en retranscription….voir la page.

livre d’heures…

26 juillet 2013

 

Assise dans mon lit, 18 heures 20, oui, et la forme bruie, bonheur d’occasion, sonorité d’été, de ceux inconnus. Écrire pour battre ce tambour, écrire sans écrire, sans jamais…écrire au charbon de juillet, loin de tout. Avoir écrit, c’est revenir pour se taire.

Tourner autour du bouquet noir. L’ascension aveugle.

IMG_0911 (2)

Je suis de retour à la montagne, ma maison sous les arbres. Il est toujours temps d’y arriver, d’y entrer, de trouver mon lit frais, de m’agripper aux fleurs des draps. Mon nid aérien, lumineux, comme une île au cœur de toutes ces fenêtres vertes. Je voyage léger, mes livres, mon feutre, mon carnet.

 

carnet en retranscription...