livre d’heures…

Hommage à l’amie d’encre  

Nouvelle inédite-Tout est ici-DP

La ville de Paris a bien voulu parrainer ce projet, hommage à la carrière de sa jeune artiste émérite. Elle-même y a collaboré étroitement. Elle prend plaisir aujourd’hui à préparer l’envoi de sa monographie, pour remercier les trois regards sollicités, il y a déjà plusieurs mois. Elle fait donc suivre un exemplaire à la Commissaire d’exposition du Musée d’art Moderne, un autre à une fidèle collectionneuse de son travail et le dernier à l’artiste-graveur, l’Ouvrière du noir de Québec. Ces trois personnes, admiratrices inconditionnelles, ont accepté de rédiger leur témoignage à la grandeur de son projet artistique.

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Une collection d’empreintes comme une collection de lumières. J’ai le bonheur d’en être.

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Dérive d’engramme

Le grand toit, plat, pleure, s’orage chaque printemps dans la chambre du père. La maison blanche sans caractère, demeure le lieu de vie, de rencontres, d’allers-retours.

J’occupe la rotonde, chambre à proximité de celle de la mère, réservée à l’enfant rebelle. Sa haute fenêtre étroite donne sur le verger voisin. Dans ma mémoire de la maison, c’est celle qui offre le plus bel horizon, et si l’arbre bougeait un peu, penchait la tête, elle verrait peut-être le lac, ou quelques rayons lumineux danser sur ses eaux.

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Citation

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Juillet 2001

 Je suis tout fleur, tout végétale, assurée, rassurée par des rencontres littéraires. C’est malheureux j’aurais voulu être celle qui écrit. J’ai ce goût, ce besoin, mais ce langage appartient à d’autres…pourquoi ce besoin? Ce manque? Cette nécessité d’un autre medium…

Voilà ce vieil inconscient qui me joue des tours, je ne veux pas fleurir comme avant, d’où me vient cette nécessité insistante de florer, de papillonner, je tends vers une langue fragile, une légèreté avec des mots qui veulent faire du bruit dans le silence de leur solitude.

Oui, marquer par effacement, la force du moins, du manque, la violence de ma pauvreté. La tache.

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Rodica Draghincescu par Denise Pelletier

            Je suis arrivé à l’œuvre de celle-ci par un heureux hasard, une intuition magnifique. 
 Les mots de Rodica sont irritants ou séduisants ; des mots qui courent, qui tombent, qui roulent, qui frappent, qui cognent, qui cassent, qui fendent, qui éclatent, qui blessent. Des litanies pour dire sans bride, sans détour, sans voile, noir sur blanc. 
Pour l’artiste graveur faire irruption dans ce langage cru, c’est trouver l’écho d’une pointe sèche singulière. Ce vocable exaltant invite à la flânerie, à goûter l’espace de soi en soi, en l’autre. Je me noie dans chacune de ses pages, je viens écouter, dialoguer, échanger, inventer à mon tour, réagir et dire autrement cette prose femmilière.
Je pré-pare, me pré-pare à faire état de cette écriture, j’entamerai ce projet quand mes mains auront reçu tous ces maux, quand l’oiseau blanc aura franchi ma frontière des pays froids.
Déjà je sais que je pourrais passer sous presse un barbelé, étalé ses déchirures à la surface du papier, l’embossage de la langue prendrait forme … mais, il y manquerait les résonances, celle de l’âme, celles du cœur de l’auteur.
Il y manquerait ses contrastes, ses lumières et ses ombres criardes, rouges. Il y manquerait ses douceurs, les sons de la vue, de l’odorat… gâteau de terre, gâteau au chocolat … 

22- Livre de feu, 2009 Hommage à Rodica Dragincescu

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Champs de mars

 

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 crédit photo: C.Chapdelaine

 

Prologue : je vous suggère de dessiner votre ciel avant de partir. Il faut à main levée, griffonner, profiler vos oiseaux dans l’azur. Surtout, n’oubliez pas de révéler quelques branches flottantes à la dérive, d’installer quelques cabanes au milieu de nulle part, entre rien et quelque chose. Tous les oiseaux aiment nager sur la neige, la regarder mourir.

 

l’air glisse à l’envers

les bordées s’accumulent

tout est muet

la nuit se vide

creuse un trou

 

entre les arbres et les jours

le drap froid des souvenirs

bouche d’ombre

béante

sur l’océan blessé

 

l’hiver serre trop fort

les ailes froissées

les bottes pleines de neige

éviter la nuit banquise

la maison de papier

 

les mains aveugles

tu fouilles     meurtrières   de ta mémoire

guettes   fenêtres tues

chevalets gelés

les lièvres pendus 

 

 

ta luge dort au livre d’images

l’hiver aussi

feu de neige   ciel crayeux

à l’envers des yeux clos

les cerceaux brisés de tes rêves  

 

sensible au clair obscur

le matin se souvient

de ta robe d’eau

de tes paumes retournées

du bruit des grues

 

tu désenfouis les images de l’enfance

celles des taiseux alentour

non  rien   presque rien

tu marches de reculons avec les oiseaux qui ne volent plus

marchent et se taisent

 

à pas légers

tu débusques cailloux et lenteur

à fleur de peau

les terrils de l’oubli  

le frasil d’aujourd’hui   le clair de lune… 

 

le printemps tarde sur la falaise

la guêpe voyage vêtue de pluie, de neige

sur le chemin brumeux du bout du monde

toits de zinc

lac calé

texte Denise Pelletier