Gravure d’un ancêtre …côté maternel.

https://slsjhistoire.com/

sous la plume de Monsieur Christian Tremblay…

8-poste-traite-metabetchouan-1876-Canadian-illustrated-900x577

 

On se demande parfois à quoi ressemblait notre région il y a très longtemps. Si quelques photographies remontent à 1900 ou mieux, 1880, elles se font de plus en plus rares à mesure que l’on recule dans le temps et souvent, la qualité n’est pas au rendez-vous. Bref, nous faisons avec ce que nous avons.

Il y a un art, toutefois, qui ne s’occupe pas de l’époque et de la technologie, et cet art c’est le dessin.
Il y a quelques semaines, j’avais rédigé une chronique sur l’un de nos bâtisseurs, M. Pascal Horace Dumais. Homme de lettre, il était également un excellent artiste. À ce moment, j’avais diffusé quelques-unes de ses oeuvres. Vous pouvez aller lire ce texte en cliquant ici.

Récemment, j’ai eu la chance de pouvoir me procurer une très rare copie du journal « Le monde illustré », édition de novembre 1876. Pourquoi celui-là en particulier? Parce qu’il contenait deux des dessins de Pascal Horace Dumais.

Je vous en présente un aujourd’hui.Cette vue magnifique du poste de traite de la rivière Métabetchouane date donc de 1876. la gravure nous montre ce qu’était exactement ce poste à cette date, alors qu’il était encore en fonction (il arrêta ses activités en 1880).

Tous les détails y sont.

Je vous laisse donc profiter de l’oeuvre de M. Dumais, pendant que mon journal original, lui, est bien à l’abri dans mon coffre aux trésors!

Aussi, ne manquez pas la chronique de cette semaine, puisque le second dessin de M. Dumais y sera. Encore une fois, il nous fera voir un petit coin de notre région exactement comme il était en 1876!

 

 

Après réflexion sur ce très beau dessin de l’ancêtre, j’imagine que la gravure a été réalisée par le journal « Le monde illustré » à partir du dessin original.  D Pelletier

livre d’heures…

 

IMG_3847

 

La remorque bien attachée, mon conjoint et moi prenons le large. Ces vacances méritées n’attendent plus que nous. À peine une petite heure de route écoulée, nous décidons de faire un court arrêt chez Mabel Kapp… nous ne passons pas une semaine sans nous y rendre. Collectionneurs passionnés, nous allons saluer le vieux couple propriétaire et jeter un œil sur leurs derniers arrivages, une simple habitude ou plutôt un rituel capricieux… Nous franchissons la grande porte du presbytère sans nous douter un seul instant de la suite des événements.

 

Comme un coup de foudre… un wouah ! Là, devant nous, la perle rare… nous tombons sous le charme, mais, à quel prix… l’antiquaire ne peut la réserver, vu l’originalité de l’objet et assuré qu’elle trouve preneur dans les jours à venir.

Dans l’attente depuis des années d’une telle trouvaille nous ne réfléchissons pas, versons notre acompte, retournons vider nos bagages à la maison et revenons dans l’après-midi chercher l’armoire. Adieu vacances à la mer, fini le rêve de soleil et de farniente. C’est ainsi que la belle Hepplewhite entre chez nous.

Nous l’installons le jour même dans la salle de séjour. Assis près d’elle, nous n’avons d’yeux que pour sa fine silhouette, son corps menu, sa peau miel foncé et la dentelle délicate de son jupon. Son petit air mystérieux, insondable, nous oblige à la regarder de plus près. Son unique bouton de porcelaine ouvre deux pans étroits et révèle quelques rêveries en nous. Que signifie cette tache d’encre au cœur ? Et d’où lui vient ce parfum insaisissable…

Soudain, la fabuleuse, délestée de son corset, se met à frémir, son souffle se libère. Un hoquet perturbe le silence, une brise envahit l’espace. Béante, le tumulte muet des souvenirs s’échappe en de joyeux murmures, en volutes parlées. Grisés par cette humeur volage, d’un commun accord nous refermons ses portes avant d’aller dormir, ce soir-là…

À peine assoupis, des pleurs de lamantins se font entendre… lointains, étouffés… J’atterris pieds nus dans l’eau, Heppelwhite appuyée au mur de la pièce se vide de tout son saoul. Je la caresse pour calmer cet orage, mais en vain… l’armoire en colère crie haut et fort à l’insulte…

 

-Comment osez-vous ? Moi, Hepplewhite, circa 1830. Quand même ! Vous devez lire ma fiche descriptive du brocanteur, mon curriculum vitae, mon histoire… J’ai été l’amie la plus loyale d’Émily Brontë. Qu’on cesse de me promener de par le monde, de granges en chambres d’hôte et qu’on arrête de m’enfermer comme une schizophrène en plein délire.

– Euh ! … Du calme, tout cet énervement ne nous est pas bon. Laissez-moi essuyer les traces de ce ravage… et parlez-moi de vous, d’Émilie, d’hier… et de tous ses secrets.

– Je veux bien vous raconter cette solitude tranquille… là, où pendant des années elle a caché ses écrits griffonnés sur des bouts de papier trouvés ; leurs odeurs de farine, de poivre, de noix de pacane ou de chocolat… Là où elle a couché son herbier, ses marionnettes… ses mouchoirs roses. J’ai été son oreille, sa chambre forte ; je vous surprends n’est-ce pas ? Allez ! Ne me coupez plus jamais du monde et pour aucune raison… ou je ne vous apprends plus rien…

 

DP novembre 2018

 

*les mots écrits en italique sont tirés du livre: Les villes de papier.

livre d’heures…

Désolée de notre absence fiston. L’Ukraine!  j’aimerais l’entendre de ta voix, je suis si inquiète. Je sais la ville où tu es, je sais que vous devez rester deux par deux, mais quoi d’autres? Cette proximité constante doit être insoutenable …tout de même, c’est inconcevable…2018…

 

Je réponds à ton précieux mail, je te parle d’un temps insouciant…si lointain…

 

Tout serait tellement plus simple de vive voix, si je disais : je vais essayer de te décrire ce qu’était cette solitude, autour de ce quartier…tu vois…nous sommes à proximité de ce lieu d’avant…si tu as 5 minutes…sinon,  c’est comme tu veux…attends, je m’assois près de toi…bouge pas…non non…bouge pas! Je me souviens du premier jour au cœur de ce bourg entouré de béton, un quartier laid, gris, froid…

 

C’était juillet 1968 sous la pluie, un temps pour assombrir un peu plus la situation, qui était déjà une grande désolation. Oui, tout serait plus facile de vive voix, coude à coude.

Mais voilà, tu es déjà parti…

 

…après une semaine d’attente à l’aéroport de Trenton, j’attrapai enfin une place sur un vol vers l’Allemagne. Difficile de s’embarquer avec une priorité 3. Je n’ai plus souvenirs de celui-ci, ni du débarquement.  Mais à partir de là, tout demeure intact dans ma mémoire.

De l’aéroport international de Düsseldorf à Werl 100  kilomètres d’autobahn sous un orage violent, un jour long, sale, décalage horaire en sus. Un bus militaire rempli de jeunes fous, mutés pour une mission de paix. Mutés, séparés de nos familles, inquiets, inexpérimentés; avec des responsabilités effrayantes pour nous qui sortions à peine de l’enfance. Une seule recommandation : se tenir loin du mur de Berlin en tout temps.

À l’arrivée à la Base Militaire on récupère nos bagages, on prend un taxi pour se rendre à l’appartement qui nous est alloué. Qu’on n’a jamais vu. C’est le parrain désigné qui nous a trouvé ce taudis.

Premier choc culturel, la porte d’entrée masquée d’un rideau de black-out extérieur.  J’entre dans un 2 ½ sombre, une chambre meublée, deux grandes fenêtres hautes, habillées de lourds rideaux de bois. Fermés, seuls les bruits de la route, pénètrent. Puis, une grande pièce garnie de meubles massifs, sombres, d’un calorifère ancien. Un paravent à fleurs, divise l’espace.

 

4 (2)

 

La ½ restante est occupée de tout le confort rêvé. Oui, quoi qu’on en dise. Car après, on a vu pire. Entendu pire. On y trouve dans l’ordre, la cuisinière, le réfrigérateur, miniatures. La douche, le chauffe-eau, vide après 10 minutes d’ablutions. Une petite fenêtre, deux battants ouvrants et son rideau réglementaire elle aussi. La toilette munie d’une chasse d’eau verticale, deux mètres de chaîne. Un évier rempli d’une eau souillée de quelques semaines, où nage vaisselle et chaudrons du dernier occupant. La ½ est un fourre-tout, un haut le cœur.

Quatre années folles, là… on en reparlera, l’ailleurs t’instruit, valide ton pays…tu verras.

 

 

 

Extrait d’un travail en cours: L’heure d’après…

 

IMG_2318 (2)