Carnet 2016 à suivre

2016

Projet  Denise Pelletier

Biennale de l’estampe DREUX-MONTULE 2016

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La petite pièce #3 m’est offerte comme un jardin de lumière. Je choisis de l’occuper pleinement dans un accrochage classique   avec un espace raisonnable entre chaque estampe.

Mes noires gravures (aquatintes, pointes sèches et autres techniques, chine collé) y seront bien reçues et dévoileront les chemins parcourus.

J’intègrerai un dessin sans titre  techniques mixtes sur film 27cm L x 1.52 m H

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Deux suites gravées : des œuvres de 2015/2016 autour du poème pour le printemps des poètes événement international. Votre lieu d’Art et de Culture reconnu, la 1’ Biennale, s’y prêtent magnifiquement.

Une première suite(4) intitulée; le bruit confus du vent, d’un torrent, des flots de la mer  #1 #3 #4 #5

Une deuxième suite intitulée (12); herbier imaginaire/jardin de mémoire #1 #2 #3 #4 #5 #6 #7 #8 #9 #10 #11 #12

Je présenterai donc 16 gravures au total et un kakemono/techniques mixtes.

Les gravures permettront de découvrir les infimes possibilités de la gravure aux regardeurs.

 

Les livres ajouteront une note plus intimiste du travail de graveur-relieur qui souvent fait écho au poète.

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Le lieu magnifique d’Art et de Culture, l’événement s’y prêtent magnifiquement.

 

#1 L’espace étroit de .44M

Me permettra de présenter un format kakémono DESSIN  sans titre   27cm L x 152cm H

 

#2 Le mur de 3.15M

Me permettra d’accrocher 4 gravures de 56cm L x 46cm H

Le bruit confus du vent, d’un torrent, des flots de la mer,                     #1 #3 #4 #5

#3 Le mur de 4.50M

Me permettra d’accrocher 9 gravures de 30cm L x 52cm H

Herbier imaginaire/jardin de mémoire #4 #5 #6 #7 #8 #9 #10 #11 #12

 

#4 Le mur de 1.36M

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Me permettra d’accrocher 3 gravures de 30cm L x 52cm L

Herbier imaginaire/jardin de mémoire #1 #2 #3

 

S’il est possible d’inclure un comptoir vitré je pourrais y ajouter 6 ou 7 livres d’artistes, des quatre mains où poète et graveur/relieur présente leurs coopérations. Mon ami poète Laurent ROY de Guyancourt, offre ses copies personnelles de nos livres (présentés à d’autres Biennales) pour la durée de l’événement.

Je joins quelques photos de ceux-ci.

 

Je présenterai donc 16 gravures au total et un kakemono/techniques mixtes.

Les gravures permettront de découvrir les infimes possibilités de la gravure aux regardeurs.

Espérant le tout à votre convenance. Denise Pelletier

 

 

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Crédit photo: Sophie Rousseau

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El Catascopio, Barcelone, Espagne 11fév./3avril, 21×21

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Juin 2016

Xavier a retenu la leçon de papi qui lui avait dit un jour :«les arbres de papi sont habillés de mousse parce qu’il habite plus au nord que toi…Ce matin au téléphone, du haut de ses 7 ans, il me parle de son ami Ludovic qui habite rue des Merisiers.

«Tu sais mamie Ludo habite plus au sud que toi.»

«Comment tu sais cela?» S’informe mamie.

«Je n’ai pas vu de mousse sur la route près de chez-lui.»

 

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Xavier me fait un dessin, une plage avec mamie qui photographie Xavier. Il ajoute un arc-en-ciel. « C’est du bonheur mamie, tu es la personne qui me donne le plus de joies de toute ma vie.»

 

 

12 octobre 2016

Carte postale

Poète cher, à toi qui me partage toujours tes trésors d’auteurs de chez-vous, voilà mon tour de t’allumer avec une petite maison de chez-nous. La peuplade. Une véritable boîte de pandore, découverte lors de mon passage à Saguenay en allant revoir le Fjord sur les rives de Ste-Rose-du-Nord et mes amis de l’Ordre des bleuets. Ouvre vite le lien du site et va fureter. Il n’y a pas que les amis écrivains ici, les villages sont envahis de chasseurs de Pokémon et le paysage est pollué de pancartes les invitant à quitter les terrains privés. Heureusement, l’Anse aux foins, (St-Fulgence), garde son charme. Les eaux salées du fleuve St-Laurent et les eaux douces de mon lac se rencontrent ici. Sur les battures, neuf voilières immenses sont le refuge faunique de pensionnaires fascinants, oiseaux blessés, éclopés du ciel, leurs voltiges dessinent des haïkus. Des photos viendront sur mon blogue.

 

10 novembre 2016

Détour en ville

6h25 je quitte la maison, je prends le 277 ce matin.  Contrairement aux autres vendredis, je vais au centre-ville. Dix minutes de marche rapide sous la neige jusqu’à l’arrêt et je sais qu’à destination, ce sera gris, sale et mouillé. Mon blanc nord ne quitte pas  la banlieue.

À cette heure tout le monde flâne au lit, j’embarque quelques minutes plus tard, en route pour notre rencontre. Je descends en haut de la Côte d’Abraham, je reviens sur mes pas et entre déposer quelques zincs à mon atelier sur St-Vallier. Comme il est trop tôt pour mon rendez-vous matinal, je me cherche un petit bistro ouvert. Je vais prendre mon premier café, me tenir au chaud et finir de me réveiller.  Après plusieurs affiches FERMÉ, je franchis avec soulagement un lieu sans nom. Heureuses de la diversion matinale, les voix fortes des itinérants s’entendent. Je brise leur rituel quotidien, c’est la fête. J’entends … des monologues étranges, des discours ésotériques. Je m’installe près de la fenêtre pour observer les passants sous la pluie et attendre. Heureusement, mon café noir est goûteux dans cette  ambiance bizarre. À 7h50 je me rends sur Charest, notre safari photos commence sous la bruine, dans l’humidité froide d’octobre. Un spectacle coloré s’offre à nous sous le viaduc. Une longue marche interrompue de stations débute ici. Coups de cœur dans le grand escalier, j’enrichis ma collecte de graffitis aux couleurs de sucres d’orge et de menthes vertes.

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Des signatures de squatters, ivres de lettres, ornent les paliers, parent  les rampes et drapent les poteaux de lumières. Des heures à flâner  dans les rues désertes, étroites, le bitume noyé d’averses. Nous terminons l’excursion à la Maison de la Littérature. Je quitte mes amis nomades et retourne couper mes zincs pour demain.

 

24 novembre 2016

Les parcours 74-374-16

 

Je prends le 74 et vingt minutes plus tard j’arrive chez le marchand de papier du boulevard l’Ormière. Quelle chance!  La porte est ouverte, j’entre vite déposer ma commande, je reviens en fin de journée pour la ramasser. Je quitte d’un pas rapide, attrape le 374. Je veux passer aux centres commerciaux de Ste-Foy et terminer mes achats saisonniers. Cette relâche à mon horaire m’accommode drôlement.

Je débarque à la Pyramide sur le chemin Ste-Foy pour prendre le 16. Il y a peu d’usagers contrairement à l’express précédent rempli d’étudiants en route vers les cégeps. Je traverse la Cité Universitaire, le bus bifurque à gauche, emprunte un détour. C’est le trajet régulier du transporteur, non! Je n’ai plus le choix de rester jusqu’à la fin.

Nous traversons le boulevard Laurier, puis nous empruntons le chemin St-Louis, heureusement je reconnais les environs. Les arbres déshabillés de novembre me permettent de voir le paysage et la vue superbe sur le fleuve me console.

Nous continuons à un rythme plus lent et j’admire les branches nues des ormes géants. J’y observe des nids gigantesques, intrigants. Je n’ai pas le loisir de connaître leurs locataires. Ceux de mon nord sont plus petits et depuis le temps, je connais mes oiseaux nicheurs. Nous dépassons enfin la villa Bagatelle, maison de la culture, lieu de belles rencontres artistiques. Je me promets d’arrêter au retour.

Nous nous engageons à nouveau sur le boulevard Laurier et nous atteignons Place Ste-Foy. Une recherche ardue débute pour combler mes besoins urgents. Je cherche l’écharpe chaude et je passe des heures à essayer les plus légères, les plus fantaisistes. J’arpente le centre commercial pour trouver ce qui manque à ma liste. Je sors finalement de là, affublée d’un nouveau manteau, sans écharpe, sans gants, ni rien. La journée passe si vite, je reviens sur mes pas pour retirer mes papiers fins chez mon fournisseur.

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Forfait escapade

Les invités arrivent, se divisent en petits groupes. Les tables ceinturent la pièce, l’îlot gourmand siège au cœur de la classe.

Tout le monde y dépose un plat de son cru et chacun s’empare de morceaux choisis.

Nous circulons autour une assiette à la main.

Lawrence, ma voisine rejoint d’autres étudiants. J’ai la joie d’apprendre sa bonne nouvelle, elle s’installe à la Cité des Arts de Paris en janvier. Je l’envie, je rêve de  m’y inscrire pour une courte résidence d’artistes.

Deux retardataires déposent un régime de bananes sur la longue tablée. J’oublie leurs noms, pour moi ils sont les poètes amoureux. Ils arrivent toujours ensemble, tranquilles et silencieux.

Je m’installe près de Gregory et nous voyageons virtuellement dans ses espoirs d’avenir. Il veut écrire le best-seller, faire de sa vie un tour du monde. Nous convenons que l’ailleurs est source intarissable d’inspiration et qu’habiter trop longtemps au même endroit étouffe chez certains la création.  Nous inventons quelques itinéraires possibles entre l’Ouest canadien et Moscou.

Les discussions fusent de partout. Les mots voyagent, les voix s’esclaffent dans une cacophonie étourdissante. Sophie-Anne caresse son petit bedon les yeux dans les nuages pendant qu’un autre gribouille sur son cellulaire.

Sylvie nous partage un gâteau viennois, elle nous raconte l’historique du dessert; l’issue heureuse d’une immigration grâce au sacher torte d’Érika. Connaître la version hongroise de la recette s’avère un privilège pour ceux qui la reçoivent.

Je vous la raconte…

Je reste sur mon appétit du voyage culinaire et retourne au buffet pour un petit morceau de fromage bleu. Le sympathique Alex s’approche de moi et fait le même constat du  paysage désordonné de la table abandonnée. Il me raconte le gala des Grands chefs 2016 auquel il participe cette semaine. La faim monte en nous. Il est temps de plier bagage, de quitter le cours.

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Automne 2016

Journal des yeux par Denise Pelletier

L’éventail

L’ancien comme le contemporain est fabriqué en atelier par des éventaillistes Maître d’Art. De tout temps de nombreux artisans s’ajoutent dans la réalisation, ils sont dessinateurs, brodeurs, peintres, graveurs, sculpteurs et respectueux des origines de l’objet. Il y a le plié du Japon, le brisé de Chine, objet fragile, délicat, simple ou prestigieux, d’élégance ou d’utilité, il est parure, accessoire de mode ou écran à main, il atténue, il soulage, parfois objet de passion, il traîne, arme ultime. Objet d’art, d’histoire, ou de Collection, il s’expose au Musée. On l’offre en cadeau, en souvenir et même en déco. À une époque bavard, car il existe un langage secret de l’éventail, à la Madame Sans-gêne/aux dames Galantes. Il ne vend pas que du vent : ombré de deuil, il joue au théâtre, au cinéma, il se marie, ailleurs éventail à plumes pour un vent de folie, il fait le clown. Celui de ma jeune amie Asako Oda est toujours là au creux de son sac, pour briser le temps qu’il fait à Bunkyo-ku, pour cacher un sourire espiègle, un regard coquin … ou pour dire.

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Le livre d’artiste/ le livre objet/ le livre pauvre

Comment s’y retrouver.

Le livre pauvre est souvent unique parce que fait de récupération, mais ici le livre l’est surtout par les matières employées; les boîtes d’aluminium traitées, une édition limitée d’étiquettes, en sérigraphie (peut-être) et le poème sans doute numérisé. L’habit ne fait pas le moine, la boîte de conserve au titre  pompeux  47 atelier des saveurs/fiche inédite une reliure inusitée, insubordonnée,  sans colophon pour sceller hermétiquement et dans les règles de l’art le poème solitaire et numéroté de Charles Sagalane. Comment le lire? Pourquoi l’ouvrir? Est-il inspiré du 47’ Parallèle  au cœur de Québec pour ses accords quand on sait le goût du brasseur pour les accords fabuleux mets/poésies, bières/livres,   ou d’Andy Warholl et ses boîtes de soupes Campbells, ou peut-être même de Piero Manzoni et ses 90 boîtes Merda d’Artista, nous ne le saurons pas. L’artiste s’allume au fil de ses rencontres. J’imagine la verve débridée du poète, liquéfiée dans l’encre de son lac, dans les champs de glace.  Le poème ludique,  ses coïncidences heureuses, le casse-tête littéraire, ses twittèmes soudés aux parois d’étain mis en boîte sur le chemin des Îles, et distribués sur la véloroute des bleuets entre St-Gédéon et Métabetchouan.

 

 

J’imagine aussi la joie du collectionneur d’acquérir son # 41 source de bonheur à déguster à la lettre dit-elle, une page blanche où surgissent les synchronicités.

 

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Il faut retourner loin derrière pour étudier le patrimoine historique de la bobine de fil. Il y a eu, il y a, les fuseaux, les fusettes, les cartes étoiles, les capsules, les pelotes en boîte, les bobines et j’en passe. Les commerces de tissus offrent encore une panoplie de variantes. Si beaucoup de métier tombent dans l’oubli, ceux du fil en aiguille demeurent bien vivants. Les couturières persistent, les relieurs du livre d’art aussi. Tout le monde n’est pas conquis par l’objet, ces artisans le recherchent amoureusement, le choisissent pour ses qualités singulières.

Enfant les bobines à coudre de fils colorés ont été mes premiers crayons de couleur. Je pouvais vider les curios dans la boutique spécialisée de la famille et je passais des heures à les classer en rangées de camaïeu ou en palettes dégradées. Aujourd’hui, je l’utilise dans mon travail de relieur et le découvre dans ses plus beaux atouts grâce à Madame FA maître relieur de Belgique.

Elle revient chaque année enrichie de connaissances, d’un nouveau cours aux techniques exigeantes, demandant concentration, habileté et rituels. Elle transporte avec elle ses cahiers riches de règles et de secrets, de nombreux échantillons de papiers, de toiles pour habiller les plats de livres, mais surtout un éventail de bobines de gros bis, de fil retors, certains sans nom mais toujours de lin.

 

Lors d’une visite au Festival du lin de Portneuf nous nous sommes rendus à la Caserne de St-Léonard et qu’elle découverte! Des bobines de lin de Mechelen (Flandres). Introuvables aujourd’hui là-bas.

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Québec, le 15 décembre 2016

Chère Mélissa,

Le temps est venu de vous remercier. Je termine ce beau trimestre avec bonheur, enrichie d’une expérience inestimable. Doyenne du groupe, je suis arrivée là, curieuse et intéressée. La maîtrise de vos connaissances et votre dynamisme m’ont comblé. J’apprécie le contenu et l’abondance de votre matériel bibliographique à la bibliothèque, à la réserve et en documents PDF sur notre portail. Ils nourrissent mon imaginaire et rassurent mes connaissances. J’en garde la trace sur la mémoire externe de mon portable. Certains font déjà partie de ma collecte personnelle; Nicolas Bouvier, Staborinski, Daniel Chartier, Annie Ernaux, Henry David Thoreau, Ponty, Bachelard et bien d’autres.

Mais, que m’apportent vos suggestions, nos travaux, nos expériences?

Je tente ici de le préciser en faisant le voyage à l’envers. Une posture d’artiste que j’affectionne.

Dans son livre les Etats-Unis du vent, Daniel Canty écrit « Le vent dessine des lacets autour de nos vies. Les choses ont tendance à revenir à leur point de départ dans ces parages[1].»

Je confirme et j’ajoute, dans les pages aussi, car à la lecture de cette autre; Frayer de  Marie-Andrée Gill, je suis sidérée de lire « Et le lac, une chance, le lac.»

Ces mots résonnent, comme un écho au livre d’heures de ma jeune vie là-bas. Cette phrase vibre au plus profond de ma chair. Il faut en venir, pour l’entendre. Pointe bleue et Roberval coexistent côte à côte. Nos deux adolescences résistent sur les rives d’un même lac à 50 ans d’intervalle.

Dans le troisième livre de votre liste obligatoire, je découvre le fantaisiste Charles Sagalane dans son 47 Atelier des saveurs. Amoureux lui aussi, du Livre du Thé d’Okakura Kakuso, autour duquel j’ai réalisé plusieurs projets personnels en arts. Je suis touchée de lire en parenthèse «Le thé pleure» dans la très belle page où il nous partage un hommage soutenu de la grand-mère. Cette autre plume inspirante, de chez-nous, m’emporte dans les nœuds du vent. Avec ces deux écrivains, je reviens aux sources.

À la lecture de Passion Islande, je découvre la belle Valéry Harvey riante et curieuse, ses statistiques humaines, ses voyages et son apprentissage des langues. Je retiens d’elle, ses proverbes islandais, si pertinents. Surtout celui de la page 39 «Celui qui n’a pas de livre est aveugle» si juste, et si réaliste.

J’avoue, je ne lis pas automatiquement les auteurs d’ici. Je plaide coupable de négligence, de méconnaissance. J’y viens grâce à ce premier cours de mon programme en Création littéraire.

Car depuis toujours je lis surtout poésie, philosophie et essais d’Europe et d’Asie.

Et nos travaux?

Je dois parler de nos textes parallèles à nos vendredis. Je n’ai pas toujours su faire entendre mes choix, mais j’avance là aussi, dans mon apprentissage. Dans mes joyeux devoirs, je fais moins de phrases sans verbe. Oui, n’en doutez pas. Dans le Je d’une autre personne, je suis surprise des commentaires de correction. Aujourd’hui encore, mais j’y porte une attention particulière. Peut-être, enfin j’espère, mes phrases seront plus courtes avec la pratique.

Mais, comment écrire le réel quand on passe sa vie à l’imaginer, le dessiner. Comment écrire les lieux autrement qu’avec notre senti, si différent de notre voir? Avec le temps, j’écrirai avec ma langue et je serai plus limpide. Comment décrire les lieux, selon les normes établies, d’un goût littéraire? Quand je raconte Lodz, Taiwan votre lecture est surprise, déçue peut-être. Je suis heureuse de ramasser toutes les couches de ces souvenirs, je les remets dans l’ordre vécu sans ajouts, j’ordonne le feuil du temps au jour d’aujourd’hui. J’y mets trop de détails, trop d’énergie et pas assez de paragraphes. Mes temporalités se disputent, mes énumérations s’étirent, c’est trop lourd ou pas assez développé.

 

Il faut préciser, expliciter. Est-ce nécessaire?  Avec les mots, les restrictions grammaticales, il m’est difficile de raconter. Je persiste et renouvelle mes essais.

Que dire de nos expériences?

Notre semaine de lecture me ramène à mon quotidien. Je mets à jour mon rythme de vie. Je file dans les livres croisés, j’entre dans Béante de Marie-Andrée Gill. Je suis vraiment captive de cette jeune poète. Je veux aussi profiter de la réserve à la bibliothèque, mais, peine perdue, les restrictions imposées sont contraignantes. Un seul livre à la fois, deux heures d’usage, aucun prêt ne m’est octroyé. Je souhaite pouvoir y avoir accès en fin de session. Tous ces titres inspirants, inaccessibles, me désolent.

Je n’oublie pas le Crachoir de Flaubert. Après un long dédale acharné, dans les corridors du Casault, que je fréquente depuis 1990, je le trouve enfin. Je franchis la porte de la petite boîte. Quelle belle rencontre, des hôtes allumés, des étudiants ravis. Les organisateurs Treveur Petruzziello, Laetitia Rascle Beaumel et Virginie Savard reçoivent pour nous Marie-Andrée Gill. Quelle belle auteure, authentique, entière et qui s’assume. Je découvre ses écrits, les achète, les offre, les exporte même.

Je continue de visiter le lieu, sur la toile surtout, et j’y fais de belles trouvailles. La dernière : Danielle Boutet, artiste interdisciplinaire et membre du CIRET. Une autre rencontre culturelle enrichissante, qui découle de vous, par ricochet.

Avec notre chasse aux graffitis, je suis comblée. Friande de ces signatures de squatters,  je les collectionne depuis des années. Ils sont mes pépites de voyages. Ceux-ci marquent un chemin de pluie, un jour d’écriture nomade. Ce premier safari de groupe entre dans mon musée personnel. Quelle belle fin de parcours à la Maison de la Littérature. Là encore, des échanges conviviaux, me renseignent davantage sur l’historique des graffitis.

Faut-il parler de notre buffet matinal, sympathique? Bien sûr, puisqu’il nous amène dans l’ailleurs, mais, sans exotisme. Au premier regard une montagne de sucre. Au fil des heures il se garnit sans beaucoup de dépaysement. Nous visitons l’autre garde-manger tout au plus. Mais les échanges de regards, les dialogues entamés, les silences nous transportent. Puis l’îlot s’éclate, le désordre s’installe. La faim se calme, la fin arrive. Je suis venue avec mon attirail nomade, mon fromage bleu, le St-Agur de France, mes biscottes marquées de la tour Eiffel, mon petit couteau de KLM Hollande. Tout cela pour rien, car pour réécrire le buffet on peut l’inventer. J’apprends là, l’essentiel. Je voyage.

Dans mon dernier parcours en ville, j’ai omis d’y mettre le chauffeur, les passagers, de l’écrire. Ils y sont puisque je suis dans un transport en commun. Mais je ne l’ai pas installé dans le voyage. N’en ai pas parlé ou peu. Je suis si souvent en bus, je m’absente du monde alentour. Je profite de la durée pour dialoguer avec la nature. J’écoute le silence et fait le plein du vide. Je privilégie ma solitude au milieu du bruit qui court. Dommage, vous n’avez pas vu le fleuve au loin. Il était du voyage.