Carnet 2018 à suivre

 

15 janvier 2018

Quand je peins je ne doute pas

Quand je doute je ne peins pas

(auteur inconnu)

29 janvier

Latitudes imaginaires/ no fixed address/ l’hivernité/ bruit de neige/ neige noire/ tissé de fils neigeux

31 janvier

Tresser le catogan/ faire un chignon torsadé avec les cheveux

 

2 février

Au large des écueils de zinc, le cahier ligné…

 

 

Le larmier/ sa moulure avec rainure protège de la pluie

8 février

La vie est ailleurs/ Kundera & Danser au bord de l’abîme/ Grégoire Delacourt

12 février

L’art est long, le temps est court Baudelaire

13 février

Mina Loy poésie complète

14 février

Maintenant je fais en défaisant : je redécoupe les matrices en encadrant les fragments qui m’intéressent ou les espaces vierges de morsures. Je recrée à partir de ses nouvelles plaques.

16 février

Les songes, la forme de l’eau, le son des choses, l’écriture comme la lecture sont livrés au souffle. J’aime entendre le narrateur, la narration. Nœud d’encre, corde noyée.

Hiver

Bécarre de neige

Une fleur de frasil

Primes gels

 

 

70 printemps

Un chiffre à fleurir, y mettre toutes ses ralenties, ses retenues, ses silences, ses parenthèses. Y’en a qu’écrivent, d’autres s’expriment sans plumes ni pinceaux et ça me va. Moi je cris, je barbouille, mais pour cette année toute neuve je vais faire mon jardin. Un parterre à faire rougir. Mais avant d’aller plus loin je dois dire qu’au jardin j’ai installé mes oiseaux car ils ont le plus gros de l’ouvrage. Ils transplanteront les graines de mes heures dans les allées en creux de mon terroir. DP

***

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Buveuse de lumières

Le temps doux persiste, retarde l’ascension du banc de neige à ma fenêtre. Un soleil radieux réveille la marmotte qui va et vient sur l’empilement de glaces salies. Appuyée aux boiseries, j’observe les manœuvres aériennes des corneilles : atterrissages et bains de rue se multiplient. Leurs croassements métalliques jaillissent, traversent la vitre.
Aujourd’hui encore : ni blizzard ni froid. J’abandonne mes lourdes bottes pour des semelles plus fines, troque mon duvet pour un manteau plus aérien. Je retire mon bonnet, n’habite plus l’hiver. Je me promène libre dans la douceur du temps, contourne mares d’eau et îlots d’abrasifs sur la chaussée. Les pluies répétitives redessinent au quotidien l’allure de mon paysage.

J’emprunte l’allée des Bibliothèques. Le chantier est enfin terminé. Échafaudages et barrières ont disparu. J’entre dans la cathédrale livresque par la grande porte dégagée de ses monstres de fer, monte au 5’ où m’attend Annie Dillard. Elle ne le sait pas. J’ai rendez-vous avec ses mémoires. Je me promène autour des livres et m’y meus fascinée, troublée par leur indéfinissable parfum. Je retourne une dernière fois dans l’allée aux couleurs fanées, je sais qu’il y en a un, rose thé, un peu brisé, corné, qui raconte au-delà de la matérialité de l’ouvrage. Je m’abreuve d’une ligne, d’une phrase, d’un paragraphe, reste sur ma soif : une vieille habitude. Tous mes sens frémissent à la recherche d’un titre. J’épluche la section, m’acharne. Mon désir inassouvi, je longe d’autres rayons saisis et ouvre au hasard un bouquin, effleure du regard une écriture au charme insistant : Mort d’un cheval dans les bras de sa mère, de Jane Sautière. Je caresse la plaquette, soupèse le poids de son histoire improbable, l’emporte. Demain, je m’envole et elle fera le voyage avec moi. Je retourne en France pour la 20’ édition du Printemps des Poètes.

Je loge toujours à Ville d’Avray chez une amie des arts. J’occupe une chambre improvisée, dans sa bibliothèque nichée au 3’ étage pour les deux semaines de mon séjour. Dans ce délire de livres, je dors peu.
Le jour, je file sur Paris, fais une halte gourmande au Marché de la poésie place Saint-Sulpice. Pèlerin glaneuse de prose, j’erre entre les kiosques et fais provision des plus récentes publications. Mes flâneries à la Cité internationale des arts me collettent aux Oreillers Rouges, collectif aux idées folles, qui alimentent la fête littéraire annuelle. Il m’arrive souvent de m’attarder sur les quais de Seine, chez les Bouquinistes. Le soir, je cours les chapelles de lecture là où les mots se disent, se vivent, pour entendre la tendresse des Souffleurs de commandos poétiques. Ils chuchotent à travers de longs tubes, à l’oreille des passants curieux. Il m’arrive de rester là pour les écouter murmurer, parfois aussi je rejoins l’association Lire dans le noir,pour des lectures improvisées de poèmes sous les parapluies. Mes circuits renouvelés de l’exil, se clôture avec la Nuit de la poésie.

Je reviens au pays mouiller mes espadrilles, humer l’herbe, le vent d’été.
dp

29 avril 2018

 

Oui, il faut enterrer les morts, leur offrir un dernier rêve. Ce samedi à l’atelier où je réalise mes eaux fortes j’ai été très touchée. Très surprise d’abord, parce que je ne m’y attendais pas. J’entre tôt toujours et seule règle générale car qui travaille le samedi? Moi! Oui moi à 70 ans y’a que moi aussi folle pour occuper une partie de son wee dans l’humidité des murs de notre atelier communautaire dans la Côte d’Abraham.

Moi et celle qui samedi s’est offert un dernier rendez-vous avec les siens à la Galerie de mon Centre le matin avant l’ouverture de la Galerie et la soirée après la fermeture de la Galerie.

J’ai été émue de croiser son compagnon que je ne connais pas, de l’entendre me dire qu’elle ne voulait pas se trouver dans un Salon Funéraire pour ses adieux à ceux qu’elle aime. Il a loué la Galerie pour les deux quarts ou celle-ci est fermée. Il recevait leur entourage commun pour l’adieu de celle-ci.

Sylvie Bernier, je souhaite que votre envol ce soit passé comme vous le vouliez. Sachez que les vôtres étaient beaux à voir et heureux de ce rendez-vous singulier. Votre souhait est inspirant. Paix à vous Sylvie et à votre généreux compagnon.

 

9 mai 2018

je songe au jeune homme
qui ramassait les tasses de thé
au Château de Versailles
à celui du Château de Ujazdowski
à Varsovie …
y être encore
dans le bonheur de la rencontre


thé noir …

 

2 juin 2018

Dès notre arrivée à la montagne nous sommes assaillis par un trio guerrier de corneilles. Nous sommes sur leur territoire, nous franchissons leur frontière pour nous installer dans notre cabane le temps d’un été.

Désolés chevaliers au plumage noir, vos croassements justifiés irritent,  vos ailes immenses planent et déposent le son sourd et lourd de votre chair sur l’auvent au passage mais vos hurlements ne nous ferons pas reculer. Il vous faut taire cette colère nous ne sommes pas là pour chasser.

Malgré cet accueil rebutant notre première nuit  sous la canicule sera vertigineuse. Les chorales de noctuelles et d’anoures s’unissent pour nous offrir un spectacle unique et inégalé de démesure.

Ttrrrit-ttrrrit-ttrrrit-ttrrrit-ttrrrit-ttrrrit, Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz, Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch- Tttrréch …………toute cette nuit bercée

 

 

 

 

 

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Dernier jour à la montagne se refermer, quitter l’automne…

 

 

Le rideau de la fenêtre se dégonfle. Je détourne le regard, soupire à mon tour. Tu m’as trompée avec une autre. Et tu quittes l’appartement demain, m’abandonnant au mur qui retrouvera son anonymat. Tu m’as dit hier que c’était la dernière chose que tu voulais empaqueter. Le vingt-quatre poses. Qu’il fallait « laisser à l’appart une dernière nuit pour s’imprégner de nous autres ». Mais j’ai assez pleuré par ta faute. Ma main hésite un instant. Le sharpie en a encore suffisamment dans le ventre. C’est à mon tour de te voler une partie de toi. 1er juillet dans quelques heures. Je contemple les images une autre fois, ces souvenirs-là m’appartiennent à moi aussi, ton ex de 4 ½.

quatre mains avec Jonathan Girard

 

Désolée de notre absence fiston. L’Ukraine!  j’aimerais l’entendre de ta voix, je suis si inquiète. Je sais la ville où tu es, je sais que vous devez rester deux par deux, mais quoi d’autres? Cette proximité constante doit être insoutenable …tout de même, c’est inconcevable…2018

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Je réponds à ton précieux mail, je te parle d’un temps insouciant…si lointain…

 

Tout serait tellement plus simple de vive voix, si je disais : je vais essayer de te décrire ce qu’était cette solitude, autour de ce quartier…tu vois…nous sommes à proximité de ce lieu d’avant…si tu as 5 minutes…sinon,  c’est comme tu veux…attends, je m’assois près de toi…bouge pas…non non…bouge pas! Je me souviens du premier jour au cœur de ce bourg entouré de béton, un quartier laid, gris, froid…

 

C’était juillet 1968 sous la pluie, un temps pour assombrir un peu plus la situation, qui était déjà une grande désolation. Oui, tout serait plus facile de vive voix, coude à coude.

Mais voilà, tu es déjà parti…

 

…après une semaine d’attente à l’aéroport de Trenton, j’attrapai enfin une place sur un vol vers l’Allemagne. Difficile de s’embarquer avec une priorité 3. Je n’ai plus souvenirs de celui-ci, ni du débarquement.  Mais à partir de là, tout demeure intact dans ma mémoire.

De l’aéroport international de Düsseldorf à Werl 100  kilomètres d’autobahn sous un orage violent, un jour long, sale, décalage horaire en sus. Un bus militaire rempli de jeunes fous, mutés pour une mission de paix. Mutés, séparés de nos familles, inquiets, inexpérimentés; avec des responsabilités effrayantes pour nous qui sortions à peine de l’enfance. Une seule recommandation : se tenir loin du mur de Berlin en tout temps.

À l’arrivée à la Base Militaire on récupère nos bagages, on prend un taxi pour se rendre à l’appartement qui nous est alloué. Qu’on n’a jamais vu. C’est le parrain désigné qui nous a trouvé ce taudis.

Premier choc culturel, la porte d’entrée masquée d’un rideau de black-out extérieur.  J’entre dans un 2 ½ sombre, une chambre meublée, deux grandes fenêtres hautes, habillées de lourds rideaux de bois. Fermés, seuls les bruits de la route, pénètrent. Puis, une grande pièce garnie de meubles massifs, sombres, d’un calorifère ancien. Un paravent à fleurs, divise l’espace.

 

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Photo: Denise Pelletier 35 Wickeder Strasse, Werl, Allemagne

La ½ restante est occupée de tout le confort rêvé. Oui, quoi qu’on en dise. Car après, on a vu pire. Entendu pire. On y trouve dans l’ordre, la cuisinière, le réfrigérateur, miniatures. La douche, le chauffe-eau, vide après 10 minutes d’ablutions. Une petite fenêtre, deux battants ouvrants et son rideau réglementaire elle aussi. La toilette munie d’une chasse d’eau verticale, deux mètres de chaîne. Un évier rempli d’une eau souillée de quelques semaines, où nagent vaisselle et chaudrons du dernier occupant. La ½ est un fourre-tout, un haut le cœur.

Quatre années folles, là… on en reparlera, l’ailleurs t’instruit, valide ton pays…tu verras.

Extrait d’un travail en cours: L’heure d’après…

 

 

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« La poésie est une solitude… et nous sommes des moines qui échangent des silences. » (Jean Cocteau)—————-Frédéric Stroesser  20 déc. FB

 

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Oeuvre acquise…

 

 

27 décembre 2018

La belle Laurence Dubuc m’invite sur sa page…FOMO littéraire

Je ne peux qu’accepter cette belle énergie et j’espère voir des amies chères s’y joindre. Je cherchais le livre à partager, j’en ferais une pile énorme, commençons par Les villes de papier, paru chez Alto, je n’arrive pas à le quitter, des semaines se sont écoulées depuis mon acquisition et je n’ai pas lu la dernière page, je me promène ailleurs dans d’autres livres pour éloigner le mot fin. Pourquoi? Pour flâner dans le jardin d’Emily Dickinson et dans celui de l’auteur Dominique Fortier. Je vous invite à y venir.

*

 

Je ne suis pas fervente des mises en scène, je suis spontanée, passionnée. De même pour le livre, je passe devant ou c’est plutôt lui qui me passe devant, il s’ouvre à mes yeux, je ne l’ai pas choisi, il m’a choisi, je le prends, l’apprends, l’ouvre aux regards de mes amis, de mon entourage, l’abandonne. De la même manière avec mon G8, je capture pour ma mémoire et aussi pour l’autre, lui offre…

 

Minutial

Bancs blancs

Kimono à lire, cimaise écrite

 

 

Monographie: Sophie Marchand

 

 

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