Carnet 2001 à suivre

2001

Que sera cette  année? Je veux avancer libre, légère, fidèle à l’être

Ce que je voudrais, pas encore ce que je fais

Je veux entrer dans une grande production silencieuse, me surprendre. Faire sans faire. Tenter d’atteindre le silence, le calme, trouver ma voie. M’engager dans mon discours, dans mon faire. Donner à voir les filigranes de l’être, les soupirs mémoriels. Tourner ma lumière vers l’intérieur de moi.

Revoir : Marie-Louise von Franz (réflexions sur la synchronicité) La synchronicité, l’Âme et la Science. ÉD. Poiesis

L’anima mundi, l’âme du monde

Un poing fermé ne reçoit rien, une main ouverte reçoit tout.

 

Commencer à parler de son travail, c’est commencer à se taire parce que l’œuvre est une initiation au silence. Parmiggiani.

 

Page blanche- pour inscrire le mot, la parole, le son, l’être dit. La page blanche message parfait ouvert à tous les possibles.

Persévère, n’exerce pas l’art seulement mais pénètre en son être intime. Seuls l’âme et la science élèvent l’âme…Beethoven

 

Des pas sur la neige  Silence de John Cage

 

 

 

1’janvier 2001

 

Ma recherche me mène à l’intérieur de moi-même. Tambour d’eau pour s’inventer des départs, traverser l’attente vertigineuse ivre de résonnances. Voyager dans l’indicible, l’infinitude, loin des banalités.

Nous n’arrivons jamais nulle part parce que nous ne partons jamais.

 

 

3 janvier 2001

 

Il est difficile d’arrêter, pénible de se retenir. Vais-je y arriver? Je m’apprête à aller retirer mes matrices de l’atelier, de ma réserve. Je dois le faire.

Pour qui? Pour quoi? Pour voir le bien possible, la sérénité possible, le calme, le vide. Je dois atteindre le fond, ce trou que je n’ai pas vu encore. Je dois cesser là où je suis sur la ligne du temps, attendre, respirer. Attendre que le moment soit venu de repartir, de recommencer. Je sais seulement  qu’il faut ce laps de temps…et j’écoute ma voix pour trouver ma voie, la voie.

Après ma lecture du Tarot comme à chaque début d’année je sais que j’arriverai quelque part grandie.

 

4 janvier 2001

 

Dans le silence ouaté du matin, je viens m’émerveiller au jour nouveau. Je boirai l’elixir réconfortant d’un pour Noël reçu par  courrier hier. Quel baume! Juxtaposés le contenu et son enveloppe se disputent mon attention, je ne pourrais choisir l’un sans l’autre. Le graphisme de l’un, le vert d’eau, les mots de l’autre se savourent inséparables. Surtout, dans le lourd silence après l’événement publique. Si je vous ai offert, partager des émotions, vous avez nourri, justifié ma passion. Vous serez cette année la poussée, le tremplin…

 

Toccata : morceau de style pour instrument à clavier. À l’origine le morceau devait mettre en valeur la technique du toucher.

 

13 janvier 2001

 

Quel drôle de rêve!

Nous sommes les 5 dans une salle de bain vide et je clame tout haut « Eh! Là, vous autres, elle serait contente la maman.

 

Dans le pli du mur

Les feuilles se pointent

Sur le blanc

Étalent leurs ombres

 

la vue l’ouïe

 

L’an 2000 c’est fini, du passé et j’ai omis de noter mes derniers froissements. Les joues s’affaissent dans le miroir de côté, l’effet visuel me choque, sac vide, froissé, comme ceux qu’on jette après les courses.

 

La création juvénile exhale un long cri d’accusation, qui est aussi un appel au secours contre les violences qui ont déchiré et troué sa propre sécurité narcissique, contre l’intolérable de la haine ou de l’indifférence émises aussi bien que reçues, contre le traumatisme que ni la peau ni la pensée n’ont pu contenir.

 

14 janvier 2001

 

Dans le désarroi de ce soliloque, accroupi dans mon lit  un feutre à droite, une mixture chocolatée, chaude à gauche, je tente de faire le point; Alex quémande, Jean arrive par surprise, Denis…tout cela me dérange.

L’ordi au sous-sol qui clenche, se déchaînent sous les doigts guerriers de l’auteur en mal, brimé dans sa grande liberté. Je m’oblige à nettoyer un désordre journalier, vivant, vivable, juste pour m’empêcher…juste pour avoir raison de critiquer, surtout rester sur le qui-vive. Éviter de se calmer, le point est trop gros à passer, le point fait peur, fait reculer, c’est vertigineux. Un grand canyon, un grand passage à vide, je dois tenir, ne pas forcer.

 

15 janvier 2001

 

Et ce sera lourd aujourd’hui, inquiétant. Faire le vide, arrêter, s’arrêter, attendre. Et Taïpei qui me fait signe pour bientôt. Je dois attendre. Faire silence. Inquiétant silence, étrangeté.

 

Herbier des jours fanés I  II  III

Herbier des mots brisés I  II  III

Toccata I  II  III

Moments I  II  III

 

17 janvier 2001

 

J’ai rasé la table, plus un seul papier, pas un seul feutre. Je ne dois pas, stop temps mort. Comme il est difficile, me rendre à avril…suivre le creux, s’y glisser sans retenue, c’est pas si simple,  comme faire une retraite.

 

Ode aux oiseaux et à l’arc en ciel Taka Shi

 

S’efforcer de tracer l’effacement des signes, de montrer la disparition des rituels, de dessiner les épures du monde. L’envers.

 

C’est l’incomplétude qui est désirable, dans les palais d’autrefois on laissait toujours un bâtiment inachevé, obligatoirement.

 

21 janvier 2001

 

22 janvier 2001

 

 

26 janvier 2001

 

Revenir seule, son bâton de marche gelée

Trouver belle sa maison

Se réchauffer au scintillement des lumières d’hiver

Leurs reflets dansants au miel des boiseries

 

27 janvier 2001

 

Se brûler à la tâche

Chercher en vain à être en état

S’installer devant la page blanche

Goûter les retrouvailles

Se glisser dans la source vive

 

24 février 2001

Dust memories…

 

Mars 2001

6 mars 2001

 

………………….

Un vol calme (6heures)

Du soleil à l’accueil, un aéroport efficace. Puerto Vallarta, la Côte d’Azur du Mexique. La plage est grande, couleur cassonade, son sable pique la peau comme une barbe forte et mal rasée. La mer est mâle toujours bruyante.

La plage du Grand Ventana de la République Dominicaine était plus limitée, la mer rocheuse. À Cuba, au Cayo Coco le sable fin, blanc et une mer arc en ciel, de bleu de vert.

 

10 mars 2001

Entendre la vague montante engranger des échos lourds, troublants

Entendre l’eau monter, ronger la plage, la courir en travers

Volutes dentelées, blanches

L’entendre reculer, s’accrocher, se déchirer, pleurer son lit de sable

Écouter son court silence

L’entendre encore

Les griffes dans l’eau, j’écris au toucher

11 mars 2001

 

Temps gris. Les pélicans pêchent depuis le levé du jour. Ou peut-être avant…Leurs pérégrinations sont intéressantes, une danse au-dessus des vagues, un rituel de chasse. Soudain, plongeon…Un derrière se trémousse hors de l’eau sous le regard d’une escorte (deux goélands) probablement. Le repas est long, un banquet matinal sur le Pacifique.

Puis plusieurs pélicans partent en croisière. Arrive le pêcheur, son fils, le soleil, les baigneurs, les promeneurs.

 

12 mars 2001

 

Matin ensoleillé, un couple de dauphins au loin. Ils exécutent une danse ancestrale rythmée, quelques longueurs de mer et sauts gracieux. Matin en musique. La mer s’essouffle sous la hardiesse endiablée d’un rythme Mexicain. Les ombres du palmier courent sur ma page.

Quel est cet oiseau au bec effilé, jambes fines, élancées. Il joue l’intrépide face à l’océan,

Coure ses dentelles effilochées et pique au sol sa pince sèche, capture les insectes.

Quand je tente à mon tour de saisir l’ombre des fibres de mon parasol, je m’imagine l’oiseau de proie, aveugle j’attrape le blanc des ombres, les bleus sont trop vifs, insaisissables. L’ombre fuit comme le temps, impossible capture. Je lève mes cils au-dessus des lignes de ma page. Mon genou se profile sur le sable blond, embossé d’empreintes de pieds mouillés. Je cligne encore des yeux et j’aperçois les blancs moutons, mourants juste avant la vague sombre, montante. Derrière, ruthmos à l’infini.

Depuis mon arrivée la Sierra Madre m’invite et m’incite même. Elle s’affiche en silhouettes, comme des ombres japonnaises, elle exhibe son aquarelle, ses gris de Payne, offre ses cartons théâtraux dans un lavis bleuté, des blancs purs, des blancs évanescents, des gris somptueux, des blues sensuels.

Ombres nocturnes, au-dessus d’un Pacifique miroitant, lumineux.

 

13 mars 2001

Nous partons pour la journée à Puerto Vallarta

Journée d’inquiétude, feu sauvage pour moi (le 1’) Quelle poisse, me voilà équipée de babines de (noires). Denis m’inquiète, grippé, fatigué, mal de gorge. Il dévore, son bacon comme des chips…J’ai hâte de retourner la maison… Jolie ville, typique à souhait, la richesse des hôtels… une ambiance de vacances. Les maisons aux murs blancs, toits rouges, construites à flancs de montagnes. L’église de la Guadeloupe, le Malcome, les maisons de Burton et d’Elisabeth Taylor et le pont Rose de leur réconciliation. Tout voir avant de revenir à la maison.

Puis tequilla bang! Bang! soupé, dodo.

 

14 mars 2001

 

Le matin sur la plage est coloré de la palette de nombreux enfants. Les écoliers pavoisent, de jeunes chevaux fougueux apportent une note de sauvagerie à notre périple

4hres 30 journée paradisiaque, un bain mouvementé dans le Pacifique. Quelques pinacolada puis farniente au bord de la piscine, au bord du bar, au bord du débordement.

 

15 mars 2001

 

Après une bonne nuit, une journée de chaleur intense, de plage s’amorce. Séjour dans une végétation abondante, allure de paradis. Chouchoutés, gâtés, 10 hres am, un 1’ pinacolada/bière pour notre duo effronté. Vive les vacances.

 

16 mars 2001

 

Grasse matinée, déjeuné tardif. À 9 hres nous marcherons vers le Village voisin. Un agent note notre # de chambre avant notre départ. Longue promenade, nous traversons la rue des Baisers pour nous rendre à Bucaria et cette marche nous fera grand bien, d’abord en coupant la routine quotidienne. Découvrir les cours intérieures, intimes nous invite à la rêverie. Nous avons le goût de souvenirs pour Jean, Isa (pipe et bracelet. Un verre pour Alex…

Au retour je ramasserai, fleurs et feuilles, de nouvelles couleurs pour mon herbier. Je reverrai mes dessins d’hier (au pastel et à la lime). Je demeure dans l’abstrait, l’aquarelle me permet une gestuelle plus spontanée, d’ombres et de lumières, tel le paysage de ma vacance.

Jour nuit. Blanc noir. Pas de demi-mesures. 7 hres du soir noirceur, 7 hres du matin la lumière.

Aujourd’hui après Bucaria nous avons laissé nos corps à l’ombre des palmiers. C,est peut-être la raison des taches sur mon visage. Des pattes d’oies sur mes joues, plutôt des dents de palme, lumineuses sur ma peau.

Nous irons souper dans un restaurant Thaïlandais, quelle variante dans ce jour plein. Notre 8’ journée.

 

17 mars 2001

 

 

Journée soleil, piscine, pour tenter d’égaliser les ombres sur mon visage. Un soupé Mexicain où j’abuserai de desserts particuliers. Couché tôt demain nous retournons à Bucaria.

 

18 mars 2001

 

Jour chaud, jour soleil, retour à Bucaria, tout est fermé, trop tôt ou c’est dimanche…Une visite à la Galerie Plurimage, intéressante, mais les œuvres sont très, trop commerciales. J’y retournerai avant mon retour au pays. Aujourd’hui j’appelle à la maison pour m’assurer qu’elle est toujours debout. Ici tout le monde s’inquiète de Denis brûler comme un homard. Nous dînons chacun de notre côté, nos seuls moments de solitude dans ce voyage.

Alexandre nous annonce qu’il est accepté en Droit. Il est fou de joie et nous aussi. Isabelle nous annonce qu’on lui a offert un poste de Conseillère pédagogique, elle a refusé elle préfère garder son poste actuel auprès des enfants, elle sait ce qu’elle veut. Nous sommes bien fiers, comblés de les voir si positifs dans leurs vies.

 

19 mars 2001

 

Matin à Bucaria, nous nous reposerons sur un banc d’ombre dans la cour d’une petite église. Nous écouterons la vie qui se déroule autour de nous comme un ruban.

Pendant que Denis visite le cambio/casa je me rends à la petite boutique El Teatro où je trouverai des souvenirs à apporter à Cathou et Jonathan. Des objets plus typiquement Mexicain…et l’œuf pour Jeannette. Demain la Sierra Madre.

 

20 mars 2001

 

Après une nuit à tousser, Denis lui dort enfin, mais dès 6hres 30 le réveil nous sort du lit pour un déjeûné sur le pouce. Nous réservons en vitesse notre soupé au Cayman, le seul restaurant que nous n’avons pas encore fait. À 7hres30 nous partons en bus rejoindre le 4×4 Mercedes qui nous amènera à la Sierra Madre pour la journée. Bassin de dauphins, salles d’eau très exotique…nous avons droit à un spectacle offert par nos guides avant de prendre la route à 9hres. Nous roulerons avec un seul arrêt avant destination. Chito, Dominique, Bernard, Réjean, Joyce, Éric, Carole, Jean, Linda, Sylvie, Gisèle, Claude, Denis, Denise. Puis longue marche au cours de laquelle nous rencontrerons les araignées, l’arbre Dieu, les lianes étranges, l’arbre peau rouge et les vaches intrigantes qui m’effraient sans oublier les termitières. Un premier repas nous sera servi sur place. Puis nous roulerons à nouveau mais vers la plage. Roulements de tambour. Plage, drinks, baignade, dîné.

Retour en chahutant, un concours est proposé pour chaque camion. La bière, les téquilas, les rhums restants sont divisés entre les 4×4, le véhicule qui revient à l’hôtel avec le moins de boissons est gagnant. Bien sur les chauffeurs ne boivent pas. Nous avons probablement gagné, mais nous avions fait boire le co-pilote. Nous avons traversés villes et villages en chantant, nous avons arrosé de rhum et de téquila notre suite, le 4×4 derrière nous qui avait à son bord notre police…tout est permis, j’ai oublié mon âge.

 

21 mars 2001

 

Journée de silence, nous avons perdu nos voix. Dessins pour Fiona, je continue la suite commencée ici. Fiona veut dire pureté, c’est la fille de Kim et Rudolph deux employés de l’hôtel, cette petite fille m’inspire…

Une dernière nuit reposante où je rêverai d’escalade. Oui, j’escalade un palais de glace orné d’oiseaux de marbre qui battront de l’aile pour interrompre ma montée.

 

22 mars 2001

 

Dernier petit matin photos où je saisirai les plus belles images de mon séjour au Sierra Madre que j’aime. Inspirant, fascinant, brumeux, aquarelleux. La mer ses ruthmos, la Sierra réaliste de Denis, les espaces privilégiés de notre site. Je terminerai avec trois boules de verre pour y lire l’avenir au retour. Les dauphins dansent au large, les pélicans font leur virée de midi. Au soupé notre dernier couché de soleil féérique.

 

23 mars 2001

 

Retour au Canada sans problème. Départ de l’hôtel 9hres 30, de l’aéroport 12hres45. Arrivée à Québec au lendemain d’une tempête, 25 cm de nouvelle neige.

29 mars 2001

 

Il est difficile d’être, d’être là, d’être bien,

D’être là, seule

D’être là, entourée

D’être

Vouloir atteindre la sérénité

Mais, qu’est-ce la sérénité

Être là, vraie

Être soi

Seule, oui

On n’a rien à montrer

On n’a rien à prouver

On a juste à faire

Faire pour soi

Mais faire sans partage

Quel est l’intérêt

À faire on s’occupe un temps

Puis vient l’envie de partager

Ce moment

Qui remet tout en question

Pour soi on est plus vrai

Non, pas toujours

Parfois on tente de s’épater soi-même

Et oui quel orgueil

Mais le temps, ce temps précieux ou l’on reste fidèle à l’être

Quelle jouissance

On est là, on est bien

On est en harmonie, en symbiose avec le monde

Temps exquis, éphémère, qui parfois s’éternise…

 

 

4 avril 2001

 

Je me lève tôt, tard, il y a la neige, encore trop abondante, un ciel un peu bleu, toujours cette grisaille. Le bleu du Mexique s’estompe lentement. Le voyage est déjà loin derrière.

Je dessine, je trace encore pour la Chine. J’ai enfin trouvé les mots…mes mots toujours présents, lisibles, illisibles. Enfin je dis les mots, je dis les mots que je pense, ceux qui accostent. Mon voyage plutôt l’instant. Je les verbalise, je les couche sur la feuille. Étendus, détendus sur le papier ils deviennent autres, le dit n’est plus là. Sa trace se livre seule, donne à voir sa dentelle claire obscure et le poème naît. Le lisible les griffes dans l’eau, j’écris au touché. Être physiquement présente, m’immerger dans un lieu spécifique fait partie intégrante de mon travail. Je veux expérimenter différents types d’espaces et élaborer mes points de vue, approfondir ma recherche sur l’ici et le là. Jardin d’Ô.

 

7 avril 2001

 

Retour à l’atelier de gravure. J’ai dû me pousser hors de ma nuit, hors du lit, sortir dans un matin clair, froid. Le bus de 7hres22 pour être au Centre-Ville à 8hres22. Je ne suis pas la première arrivée; Diane Thuot, Pauline Hébert, Nicole Malenfant, Denis Simard, Anne-Marie Robert, Céline Allard et même Monique Laforce, poète d’ici, que je croise pour une deuxième fois cette semaine. J’ai occupé ma journée, un baptême, tous ces préparatifs, tant de gestes pour sortir quelques états, essais, sans véritables révélations toutefois.

 

17 avril 2001

 

Autre jour chaotique, 10hres chez Marie mon médecin, 11hres30 à l’Université pour renouveler mon abonnement à la Bibliothèque. Je me prépare des fins de journées de recherches intensives. Puiser à l’infini, plaisirs assurés.

C’est en faisant l’acquisition (au Salon du livre, la semaine dernière) du beau volume L’esthétique du temps au Japon de Christine Buci-Glucksman que mon besoin est devenu urgent. Je ne peux plus me priver de ma bibliothèque, je restreins mes découvertes si enrichissantes, inspirantes et constructives.

 

18 avril 2001

 

Je sors de mon livre une fois encore pour me rappeler mon plaisir d’hier à flâner en bibliothèque. Je jouissais d’un sentiment semblable à ceux que  je ressens lorsque je suis en attente dans un aéroport. L’entre-deux : deux lieux, deux destinations, deux expériences.

Tout ce que j’imagine avant d’être là, me nourrit, me comble, m’oxygène. Entre deux étages, deux rangées, deux auteurs, deux styles, deux livres, deux textes et parfois même j’aime être entre deux mots…

 

No logo : Naomi Klein sorti en français pour le Sommet des Amériques

 

27 avril 2001

 

11hres15 3’ de Place Laurier. Je tente de reprendre contact avec moi-même, je glisse, je m’échappe, je dérape, j’ai envie de créer mais rien ne vient, rien ne monte ou au contraire trop d’idées, c’est le chaos. Je papillonne, je clignote, j’étincelle, j’éteins celle, c’est un peu cela, ;a force d’éteindre, d’essayer de réduire la fougue qui m’emporte, je meurs, je tue ma vie, ma passion, je m’inflige un repos qui m’endort. Qui ment, qui dort.

 

M’ouvrir à la durée du continu qui forme le temps véritable, celui de l’intériorité.

 

 

29 avril 2001

 

J’ai pris le soleil, le vent. Je n’ai pas quitté la maison, je choisis d’attendre, de remettre à plus loin. Peut-être mercredi…celui qui vient. J’y serai, mais mon esprit créatif sera-t-il au rendez-vous?

 

30 avril

 

Mes espoirs sont partis pour Liège, et si on aimait mon travail? M’envoler un autre printemps, aller fouiller jusqu’à l’autre bout de la Belgique. Ce lieu m’attire plus que la France aujourd’hui. Il y a Henri Michaux bien sûr, Marthe Wery, surtout cet esprit ouvert à l’innovation dans sa simplicité, dans sa force.

 

 

1’ mai (27* 1949) 26* en 2001

 

Jour véritable, qui mérite d’être souligné, je n’ai pas connu de printemps, j’ai dû m’expatrier au Mexique en mars. Mais voilà l’hiver est fini. Aujourd’hui c’est l’été.

Je termine une lecture de Nicolas Bourriaud, un auteur que je découvre : Formes de vie

Et je retiendrai cette phrase Le temps vécu, ce nouveau continent artistique, peut-être la dernière terra incognita à explorer. Aussi, l’artiste sémionaute (de l’ère informatique).

Il s’agit de faire de son existence le texte où s’invente un mode de vie, un travail de production de soi à travers des signes et des objets au-delà de l’art, nous voilà en présence d’un programme de résistance efficace à l’uniformisation planétaire des comportements, à ce grand verrouillage disciplinaire dont nous reconnaissons ici et là des signes avant-coureurs.

Arrivée seule, je vis seule parmi les autres.

Entourée de mon soleil, de mes étoiles, de mon oxygène : Denis, Isabelle, Alexandre, mes petits-enfants … journées précieuses.

 

La ressemblance n’est pas la répétition, soudain il y a deux espaces dans l’espace, deux temps dans le temps : ils ne coïncident pas, ils tremblent l’un devant l’autre et le plus ancien s’efface presqu’aussitôt dans le présent. Bernard Noël dans L’espace du poème

 

 

10 mai 2001

 

Beau matin encore, le chant des oiseaux et la caresse chaude du temps. Oui! J’aimerais faire de ma cour mon atelier, occuper la vieille table de bois où je ficelle les ballots de bois morts. Étaler mes papiers, m’abandonner à l’instant…

 

11 mai 2001

 

Dernier jour ensoleillé avant les pluies qui s’annoncent. Qu’importe je viens de trouver le nom pour ma suite de gravures en cours, au lieu d’étude à partir des traces présentes sur mes matrices de zinc, plaques coupées pour récupérer quelques espaces encore vierges, je nommerai la suite Optogramme  références Georges Didi-Huberman. Les traces encore présentes seront utilisées, exploitées ou même oubliées. J’utiliserai l’illisibilité du reste et tenterai de développer autour de ce reste.

 

12 mai 2001

 

En lisant encore de la minceur de l’image il me vient l’idée de travailler mes points de suture sous-verres, les laisser se développer.

L’optogramme : ce titre s’appuie sur le phénomène éponyme : fantasme scientifique du 19’ siècle qui se définit comme la dernière image gardée par la rétine au moment de la mort et reproduite ultérieurement grâce à la photographie. L’optogramme est le fruit d’une opération, d’une expérience, pratiquée dans la seconde moitié du 19’siècle, sur la rétine, entre autres, de victimes assassinées afin d’y trouver la dernière image avant la mort dans l’espoir de pouvoir identifier l’éventuel agresseur. Les résultats furent des images neigeuses, d’étranges masses sans formes pouvant s’apparenter aux nuages. Le flou de ces images laissait libre cours à des interprétations fantastiques.

Mes gravures ne sont pas des machines à voir, celles que je nommerai Optogramme seront choisies pour l’image inquiétée présente sur les fragments de matrices détruites, découpées pour une réutilisation de pièces choisies. Ces morceaux d’images deviennent des sources de fascination et je donnerai forme en investissant ces restes de temps autres.

 

18 mai 2001

 

Et je reviens à mes traces répétées, écritures de silence, comme l’écriture de l’eau, comme la mer, sans cesse autre, sans cesse même, signes croisés, signes superposés, signes juxtaposés que je travaille sur du géofilm, du papier, papier sec, papier mouillé, pinceau sec, pinceau mouillé ou même, encore, en gravure avec des encres prêtes, superposées à des encres diluées à l’huile de lin entre autres : Ici, les griffes dans l’eau j’écris au touché, reviennent, écriture du cœur, de l’âme, écriture pour se sauver, pour se centrer.

Lundi, fête de la Reine… je termine ma lecture, en fait, j’arrête le temps d’écrire. Quelques instants cette pensée vaste ou vague, au flou et si j’arrêtais, je stoppais, ici, là, maintenant de saisir des morceaux de temps, de les habiter, de les décortiquer, de les tendre, de les étaler, si…si je m’instruisais, me nourrissais de mes lectures, j’aurais du temps pour me reposer, me recentrer. Si cette année je terminais lentement mes explorations, mes Optogrammes, si je les imprimais avec mes textes d’adieu, de démission. Si j’abandonnais ici mon aventure de graveur.

J’ai peur ici, une peur bleue de ce que j’écris.

 

25 mai 2001

 

Ma journée d’atelier a été très courte. Je suis si vite fatiguée, cela m’afflige, m’affecte. J’ai perdu beaucoup d’énergie depuis l’opération. Aujourd’hui j’irai à la bibliothèque avant le travail. Je songe sérieusement à prendre congé à l’été en même temps cela m’inquiète c’est si long pour reprendre le fil après un arrêt. Par contre si je continue de manière spontanée je maintiendrai le fil continu de la pratique à défaut de projet soutenu. Je pourrai donc entamé un projet sans perte de temps (temps de réchauffement). Et pourtant je suis si enthousiaste quand je file vers l’atelier. Quel grand bonheur, toujours.

 

 

 

29 mai 2001

 

L’œuvre exige de la patience. Samedi mes randonnées nature à bicyclette m’ont fait grand bien, le soleil m’a réchauffé le corps et le cœur, quel vieux cliché. Je me suis promené aussi dans quelques ouvrages littéraires. Les Écrits de Florence de Mèredieu, de Kawabata m’ont nourri, Kawabata m’étonne encore, quel être! J’aurais voulu croiser sa route. Trop tard. Non! Je le rencontrerai quelque part dans un espace propice.

Mardi, jour gris, la recherche de la légèreté en réaction à la pesanteur du vivre. L’imagination est un lieu où il pleut. Les épiphanies ou concentration de l’être en un point ou un instant singulier. Le problème est de choisir entre diverses images tombées…

 

10 juin 2001

 

Je cherche encore Éloge de l’ombre de Junichiro Tanizaki. Hier, première longue randonnée à bicyclette. Nous nous sommes rendus aux Chutes Montmorency en partant du Domaine Maizeret. Jour de soleil, de vent, air de vacance. Quel privilège.

Mes jours de congé sont rarement ombreux, mes jours famille j’entends et que m’importe si mes jours d’ateliers sont plus sombres. Il y a toujours les lumières du plaisir et du bonheur d’être là.

Nous sommes revenus sur nos pas, nous avons continué jusqu’au vieux Port, quelle joie! Un peu de flâneries, puis retour à la maison en après-midi. Brochettes et dodo mérité…En fin de journée un message de la librairie Pantoute, quatre mois d’attente pour mon livre à moins qu’une réservation client ne s’annule.

 

11 juin 2001

 

Et aujourd’hui qu’advient-il?

 

12 juin 2001

 

Longue promenade à vélo en forêt. En arpentant le sentier des cheminots, je soulève des nuages de sauterelles, au loin l’orignal courtise sa femelle, les grenouilles croassent dans l’étang.

Les bouquins introuvables : La procédure du silence/ Paul Virilio-Galilée/ Cixous-Croisées d’œuvres/ Lord Jim-de Joseph Conrad/ Marianne Moore/

 

Voix du silence- de Yamamoto/ Sur un fond blanc de Vera Linhartova éd. Le promeneur, Paris 1996/ du geste à la cité- Augustin Berque 1993/ Des os de corail, des yeux de perle-Paris, Piquier 1989 Natsuki Ikegawa/ Perles poème de Butor/ Litanie d’eau- Butor/ Film –The pillow book/

 

 

20 juin 2001

 

C’est en juin que j’aurai ma réponse de Liège. C’est un OUI, quel plaisir.

 

 

25 juin 2001

 

Je termine aujourd’hui le projet Bleu Misao entamé après les optogrammes,  les griffes dans l’eau j’écris au touché…pourquoi a t’il été laissé de côté? Bleu de l’âme, réalité intérieure exhalée sur le papier mémoire. Misao : allure transcendantale qui dépasse la beauté de l’apparence.

Frenhofer, le voyant ou fou de Balzac dans la comédie humaine, peint un pied de femme dans un chaos de couleurs (analyse)…

Kyoto et Nara situés dans le Yamato, cœur historique du vieux Japon. Rencontre avec la nature. Région de Kumano : sur la péninsule de Kii, la cascade de Nachi. Sanctuaires et temples de Kumano, le signe de la cascade, une eau fixe, un paysage venu du silence, un glaive blanc dressé vers le ciel…Malraux (la cascade de Nachi, confidences de l’univers…)

Tout est signe. Aller du signe à la chose signifiée c’est approfondir le monde. Aller vers Dieu. Sérénité.

Ise : un sanctuaire, un pont en bois au-dessus de la rivière.

 

 

 

 

12 juillet 2001

Bleu Misao1-2-3-4-5 l’effacement est une manière de vivre, d’écrire. Je me retire, m’éloigne, m’efface, minimalise. Saisir l’instant, l’expression primaire de l’être, panser ses souffrances, son mal être, sa différence, en créant des idéogrammes, tenter de faire une langue universelle.

 

15 juillet…17 juillet *Chantal 20 juillet * écrire pour Sylvie Hamel

 

24 juillet 2001

 

Je suis tout fleur, tout végétale, assurée, rassurée par des rencontres littéraires. C’est malheureux j’aurais voulu être celle qui écrit. J’ai ce goût, ce besoin mais ce langage appartient à d’autres…pourquoi ce besoin? Ce manque? Cette nécessité d’un autre medium…

Voilà ce vieil inconscient qui me joue des tours, je ne veux pas fleurir comme avant mais d’où me vient cette nécessité insistante de florer, de papillonner, je tends vers une langue fragile, une légèreté avec des mots qui veulent faire du bruit dans le silence de leur solitude.

Tiens, encore cet envie de crier, d’écrire, de se faire voir, de montrer. Oui, mais, de marquer par effacement, la force du moins, du manque, la violence de ma pauvreté. La tache.

 

26 juillet 2001

 

Demain jour d’atelier, quelle joie!

Je tigerai, je feuillerai, je pétalerai ou…

 

28 juillet 2001

 

Bleu Misao c’est laisser advenir l’inconscient, laisser monter, lâcher prise, sur la flore intérieure s’atteindre.

 

30 juillet 2001

 

Je n’ai pu aller à l’atelier samedi, dommage, partie remise.

 

31 juillet 2001

 

Le ciel vient de craquer sur ma tête, je lève mes yeux, quel drôle de bleu…une peau tuméfiée…

Et toi! Petit rat que fais-tu là? C’est qu’il se frotte les joues avec les pétales des pétunias, pourvu qu’il ne les mange pas.

 

12 août 2001

 

9heures15, le quartier de lune fait la garde dans l’été illuminé.

Reprendre à la bibliothèque : La vie immobile et  Collation de Michel Butor.

Soseki «L’ombre d’un bamboo nettoie l’escalier mais la poussière ne bouge pas.»

Regret de printemps, un village d’eau isolée.

 

18 août 2001

 

Les épis de miscanthre ondulent.

Un voile framboise descend sur les paupières du jour, se brise lentement aux encres de la nuit.

 

21 août 2001

 

La neige est le temps que je préfère

La vue est limitée

Il n’y a plus de bruits, plus d’êtres humains

 

La solitude du soleil qui donne

Bleu misao et fleurs du vide tombent, boue de printemps

Cap de la pluie

Vie immobile en quête d’impossibilité

Je fleur, je douce

 

Koto

Instrument en bois de pivoine de près de deux mètres sur lequel sont tendus des cordes de soie (13 généralement) que l’on gratte en vain avec l’ongle. Sonorité céleste, dont on frôle les cordes, enveloppe de la tristesse, d’une brise légère…

 

27 août 2001

 

Hier à la recherche de mon huile bleu de prusse pour faire un essai de mélange avec mon encre à graver (suggestion de Madeleine Samson) j’ai fouillé dans mes vieux tubes achetés en Allemagne dans les années 1970, Holbein, fabriqués au Japon. Drôle de hasard…le serpent se mord la queue.

            Demain je passe à l’atelier, payer mes journées dues, commander quarante feuilles de Lana.

Je croiserai par hasard l’architecte Caroline L.-Mirobolante histoire. Quelle joie! Quelle douceur! Apprendre l’intérêt singulier de l’architecte, de son conjoint, de ses amis envers mon travail. Son plaisir de me rencontrer, son attachement à mon travail.

 

29 août 2001

 

Je découvre le sentier (piste cyclable) la Liseuse, à Sainte-Catherine. Un ressourcement visuel, physique, un grand bonheur de nature.

 

9 septembre 2001

 

Je vais travailler à l’atelier. Plutôt que de perdre mon temps en de vains bavardages, de discussions vides je méditerai ce qui n’est pas dans les mots «l’indicible»

 

21 octobre 2001

 

Hier quelques heures Aux Ateliers Ouverts, j’ai le plaisir de rencontrer Yolaine dans son atelier. Du bonheur de retrouver ce jeune talent de mon école. Le goût de projets me vient avec cette belle énergie.

Mais, que m’arrive t’il ? Je suis retournée comme un gant à l’envers. Coincée, déçue, inutile. Je veux faire. Je veux arrêter la machine.