Carnet 2015 à suivre

 

Growing up in the shadow of the ice curtain. Eva Menadelook

 

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16 mai

Un simple pas. C’est la neige sans doute qui me donne cette envie, ce désir de transparence. Et ayant de moins en moins de mots je sombre dans le silence… on oublie le peu.

 

Juin

Ce jour-là, je chiffonnai une feuille blanche pour Xavier. Il trouvait ma peau plus ridée à chacune de ses visites à la maison du bonheur. Je lui ai expliqué que lui aussi serait froissé un jour. «C’est quoi froissé mamie?»

Je pris une page blanche, la chiffonné dans mes mains puis je la lui remis. «Tu vois Xavier, froissé c’est ridé tout comme mon papier maintenant.» Il prend le papier, me regarde, le lisse et me dit « mamie t’es pas froissée autour juste au centre» en prenant soin de lisser le tour de la page.

Jeudi de juin en montagne.

Installée au cœur de mon château vert, les épineux, les feuillus, les fougères, tous ces degrés lumineux, m’entourent, m’apaisent. Je lève les yeux, mon regard se noie dans un rideau de brume liquide, un matin château d’eau…

Le nord magnétique, le lieu du nord. Le nord perdu, noyau vide.  Désarroi identitaire, les indiens avant nous avaient une culture.

Éparpillée aux quatre vents (je m’éparpille). J’ai quitté mon jardin de givre pour un matin liquide. Mon désert blanc pour… l’écriture comme la neige pour effacer…Le non-lieu évoqué par l’hiver, un lieu qui n’existe plus, n’est plus qu’illusion tel un jardin blanc rêvé. La pensée gelée, impression inoubliée de la neige, le mal du nord.

À la ville les vents courent, chahutent, aux pieds de la montagne, se bercent, s’endorment.

 

 

Projet de cimetière : exhumer les matrices ayant vécu, voyagé, dialogué, sans mots à travers l’Asie, l’Europe, les Amériques. Petit livre, reliure personnelle, déposer un mini zinc à l’intérieur, un poème de l’artiste invitée, remettre à l’artiste une impression de la matrice incluse. Requiem… Pour cette première stèle.

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J’ai choisie d’inviter Brigitte Maillard pour sa sensibilité femmilière. Elle saura dire, exprimer, mais d’abord elle comprendra le chemin parcouru et celui que je veux prendre aussi pour clore mon jardin, celui que j’ai nourri pour en faire une cathédrale. Peine perdue, mon jardin s’est étendu en long et en large sans jamais monter plus haut.

Graver m’a donné une voie, m’a ouvert la voie. Chaque point, ligne, tache est venue de l’intérieur, volontairement, parfois, plus souvent de manière aléatoire… Je restais à l’écoute comme pour tout ce qui m’entoure, les bruits de la vie, ses silences blancs.

Je n’ai jamais pu détruire les matrices même celles sans intérêt et qui parfois renaissaient de leurs cendres. Tout à coup, un événement à thème, et le chaos qu’elles portaient venu de nulle-part se soudaient au sujet. Elles s’élevaient, brillaient par leur présence, je les imprimais, les insérais et elles étaient reçues. Je les nommais, souvent je ne le faisais pas, certaines ont voyagé vers des Salons de gravures Internationaux, d’autres se sont rendues à des Biennales, Triennales de la gravure Internationale en Asie et en Europe. Certaines ont participé à plusieurs événements. D’autres ont été déposées au cœur de mes livres de poésies, ou de mes livres d’artistes en édition. Je n’ai jamais sacrifié aucune.

Mais là où je suis aujourd’hui, je vois toutes ces nouvelles techniques dites (santé), (moins nocive), arrivées et aider à faire disparaître le belles techniques anciennes, je m’en suis éloignée trop fidèle au travail de patience, de qualité inégalé par ces nouvelles façons de faire. Trop amoureuse de la qualité, du beau, du vrai.

L’artifice des nouvelles techniques, volatile et choquant donne des images de froideur, de reproduction, mais ne donne jamais de nouvelles images venues du plus profond de l’imaginaire de l’artiste, venues de l’erreur, du manque, de l’idée première parfois bloquée par l’intempérie, l’intempestif, ou comment dire, venue de l’inconnu…

Aujourd’hui si je regarde derrière il y a une foule innommable de petites, moyennes, plus grandes matrices, jamais gigantesques, il y a une réalisation abondante de zinc…de précieuses traces de mon bonheur de créer au quotidien…

Si je regarde devant moi tout reste à faire mais le temps qui reste est imprévisible. Il est donc temps de ramasser, d’inventorier, de choisir, de faire œuvre, d’échanger avec la poésie, ou de garder silence.

Non, c’est le silence qui me garde (Bernanos)

Qui se consacre à scruter les ténèbres et l’infini qui éclaire le mystérieux ne se retrouve pas dans les paroles trop nombreuses… Sage chinois.

Stèles de silence

Le noir du langage c’est du prêt à penser.

 

Les mots ne peuvent servir qu’à rendre compte de l’état d’absence de mots… dans l’époque bavarde. Soulages

 

Mots arrachés

Mots de bouche

Mots de Favre

Maux

Maure aux dents

 

 

Bride bavarde

Interroger la matrice : faire le mémorandum, particules de silence- ma fenêtre est si verte et de toute part, à chacune des ouvertures foisonnent branches et feuilles, épineux et fleurs sauvages.

Ma maison, cet espace de nature, de silence. Il me faudrait installer un grand cadre de bois bleu, retenir l’infini.

 

La maison se berce

Le vent m’emporte

Le merle garde ma nuit

Au matin    une autre branche

J’ouvre les yeux aux verts clos

Dehors un ciel gris froid

Ici la lumière des feuilles

 

J’habite   le nid aux oiseaux   fais escale sur la branche merle

descends sous la flore agitée

Le merle est là   si près   m’observe   lui aussi

puis   s’envole

 

Jeudi avant de quitter la maison pour venir ici en forêt : dans la balançoire blanche, un vin frais, le cardinal en concert au jardin.

Autre jeudi

Avant de quitter la forêt, 5 heures du matin, un autre concert me tire les oreilles joyeusement, déjà entendu mais je ne connais pas les interprètes, jusqu’à …

Oui jusqu’à ce que le pic ne commence à clouer le toit de ma cabane

(Comme un marteau piqueur)

À ce rythme il pourrait ouvrir une fenêtre sur le toit   vue sur le lit

J’ai cogné à mon tour   le silence est revenu   puis   les chants ont repris

 

Je ne me lasse pas de contempler les verts

 

6 juin 2015

Bonheur du jour

Comme un sourire d’enfant

une longue écharpe douce

des taches d’encre

 

7 juin

J’habite les branches

Ma cage de verre grouille d’oiseaux

Petit ou gros  le merle et son ver

Les parulines   les inconnues

J’essaie de capturer leurs images

 

Des secousses remuent les branches

Des becs affamés mordent aux puces

Aux troncs écaillés

 

J’entends le geaie   le pic

Le jour est là

 

20 août  2015

À notre arrivée

Le brun moucheté   apeuré

S’en est allé

Le lièvre court

Offrande du monde sauvage

 

21 août

Une journée de pluie qu’on savait venir   du repos mérité

Quelques captures d’un jour sépia   d’un soir de brume

In fine   tout l’or du temps

 

22 août

Rouge aux joues

Matin de murmures

Jour de lenteur   refuge

 

Là où j’habite   lieu privilégié pour retourner en enfance

Vivre mon bonheur d’exister

 

28 août 2015

Et je me souviens ici de cette rue où j’habitais en Allemagne  Schwarzwald strasse… éternelle coureuse des bois

 

Au creux de mon jardin

Mes pieds effleurent l’eau du bassin, les branches courent partout, les oiseaux sont absents, les véroniques s’étirent, s’étalent, et les roses sauvages grimpent enfin sur la pergola, le rhododendron dénoue son voile floral pour une première saison, une seule fleur majestueuse, magnifique, tout plein de nœuds au cœur tendre, d’autres fleurs à venir.

Et si j’écrivais mes résidences en Wesphalie, à Kasterlee, en Europe de l’est, en Asie ou à Paris…

Et si j’écrivais le cyclamen, mes géraniums, l’hiver au bord de ma fenêtre d’atelier…

Fenêtre à cinq temps, j’ai fermé tous les stores de mon été   les branches nues attendent l’hiver   glisser encore dans l’eau froide du bassin   un matin de cendre   la ville dort, grise, silencieuse.

Je dois parler de mon arbre pauvre  de toi   figé dans la broderie   tout est ici.