Carnet 2000 à suivre

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Atelier du Centre Frans Masereel, Belgique lors de ma résidence d’artiste.

 

Cher ami, je vous ai promis un regard sur mon séjour à Kasterlee en Belgique. Je prends ce moment aujourd’hui pour vous partager l’expérience heureuse.

Il faut me promettre de tenter votre chance à votre tour. Allez, il vous faut simplement prendre le temps de préparer un dossier personnel de votre carrière artistique : n’oubliez pas votre CV ni votre dossier de presse et ajoutez vos photographies les plus convaincantes de votre travail. Avec votre chemin parcouru, votre résidence au Frans Masereel Centrum est assurée, croyez-moi. Le jury sera sous le charme de vos réalisations, de vos implications, mais surtout de la profondeur de votre imaginaire, de la qualité de vos interprétations, de la maîtrise de votre langage plastique.

Vous me raconterez l’an prochain votre version et à votre manière…n’est-ce pas?

Revenons à cette promesse de vous écrire ce bonheur vécu.

Je quitte donc Québec le 8 avril en bus vers Dorval où je prends mon avion, seule, pour la première fois. Oui oui, malgré mes nombreuses escapades internationales réalisées à ce jour. Quelle merveilleuse sensation, même porter mon bagage, présenter mon billet, mon passeport, seule! JE est une autre, croyez-moi.

Après 6 heures de vol j’arrive une demi-heure d’avance à l’aéroport de Bruxelles sans mes bagages. Le voiturier du Centre Frans Masereel venu me chercher, m’attend patiemment sans un mot de français ni d’anglais mais avec un sourire polyglotte.

Puis, 1 heure20 de route jusqu’à destination et un accueil plutôt mitigé. L’homme babouche (surnom que je lui offre) parle français avec réticence, mais il me signale tout de même l’essentiel ce dimanche 9 avril (jour de congé pour lui sans doute) « tu vois le clocher, prends un vélo là et va à l’épicerie tout près, c’est ouvert, pour le moment.» Il me remet une clé de ma petite maison et s’en va.

J’ouvre, dépose mes deux valises et malgré la fatigue, attrape un vélo sous l’abri pour me rendre chercher quelques victuailles pour aujourd’hui. J’apprends à grands coups de klaxons, qu’on ne traverse pas les rues de ce village flamand à vélo. Je dois marcher à ses côtés. Et je sais maintenant que l’épicerie est à quelques kilomètres du clocher. Prends-en bonne note cher ami.

Je sais aussi que sur le site du FMC il y a plusieurs grands ateliers : gravure, lithographie, sérigraphie et des équipements à faire rêver même les non-initiés. Il y a aussi 10 maisonnettes pour 10 invités, 10 vélos et un seul code de sécurité pour sortir du lieu.

Au retour, je rencontre une autre pensionnaire privilégiée du centre, Gosia Seweryn, jeune artiste de Pologne, elle me confirme en anglais la présence de dix artistes d’origines variées.

Le lundi 10, premier jour de ma résidence. Je rencontre Jennifer, la directrice du FMC, et Walter, le technicien de tous les ateliers au service des artistes pour toutes demandes. Ses conseils sont précieux, ses connaissances, pratiques, et il est heureux de répondre à tous nos caprices. Tout le matériel nécessaire nous est offert gratuitement, même une grande quantité de papiers variés pour la première semaine. Le temps de voir, choisir ceux qu’on préfère, qu’on croit correspondre aux épreuves à tirer de nos expériences personnelles d’impressions et que nous pourrons acquérir près de là. Je ferai connaissance de Pauline, jeune-italienne française, Yako Engelsen la belle hollandaise, Maristella Salvatori la brésilienne accompagnée de sa mère et de Louisa sa petite fille. Oui, tu vois chaque petite maison est équipée pour 4 personnes, tu peux choisir d’y inviter quelqu’un de cher pour la durée de ton séjour. Mais, tu sais aussi l’importance de la solitude dans un projet de création, à nous donc de décider.

Turnhout n’est pas trop loin, une petite ville sympathique, accueillante où il y a de beaux musées et un magasin où tu peux acheter des papiers fins pour ton travail. Pour y aller, tu prends ton vélo jusqu’au clocher, tu y stationnes derrière l’église avec un code de sécurité, le bus est à quelques pas de là et aux 15 minutes tu peux prendre la route. Tu peux aussi choisir de commander chez Joop Stoop à Anvers, via le fax du FCM, il y a un catalogue complet de leurs fournitures et équipements pour l’imprimerie d’art. Tout te sera livré quelques jours plus tard.

Le soir du 10 on frappe à ma porte «surprise!» Une invitation à rejoindre les autres artistes installés là. Une soirée d’immersion langagière épuisante arrosée de Vodka apportée là par le compagnon de Gosia…  j’en suis venue à tenter de lire les non-dits de chacun pour capter les échanges, un exercice  drôle à souhait, je suis revenue à la maison et me suis endormie en rêvant de la sortie proposée pour le dimanche suivant : Anvers nous attend avec de belles expositions et un temps radieux est annoncé. Nous visiterons la maison de Rubens, le grand parc de sculptures, le Middleheim, la résidence atelier de Charles van Gisberger, artiste-professeur d’Anvers présent avec nous pour un mois au FMC.

Dans mes allers-retours en atelier, je prépare mes acides, j’alterne mes incursions sur plusieurs plaques en même temps, des matrices de zinc, de masonite, j’écoute le trait, la tache, la ligne…et laisse monter. Malgré tout, mes gravures se soustraient à toute tentative, je suis aux aguets, l’inconnu me déstabilise, je refuse de me livrer. Avec le temps je finirai par entamer de petites suites, quelques titres : voyage au centre de soi, suare, memoria, departure, la traversée, résonances et bien d’autres. Je m’essaierai à la xylographie…j’utiliserai une presse inconnue, initiée par le chef d’atelier. Autres expériences, tu sais comme je me plains depuis des années, de cette alternance dans mon travail de création, famille-travail-atelier et bien ça n’arrivera plus. Plus jamais. Ici je me pince chaque matin, m’interroge sur la chance que j’ai d’être parmi ces créateurs de talents et de carrière. Ici, j’ai appris que toute cette liberté de me consacrer uniquement à mon travail artistique n’est pas l’idéal. Il faut savoir arrêter, sortir, se libérer l’esprit. Heureusement qu’il y a le vélo, les pistes cyclables, le bois tout près, mes randonnées pédestres et une nature généreuse à ouvrir au couteau. Il y a des circuits de bus pour flâner à Geel, Turnhout, Gand…le train pour Bruxelles. Tout prendre, se perdre et revenir. Il y a le silence, la solitude de mes quatre murs, ma table à dessin.

Pour me sentir chez-moi dans mon nouveau décor, je brûle un croissant pour son parfum familier. Puis vérifié mon frigo, j’étais enfin prête pour survivre aux journées intensives de mon séjour. La pluie, le soleil dialoguent ici aussi.

Je n’oublierai pas le chant du coq au réveil, ni les cloches de Turnhout, ni les troupeaux de vélos que tous protègent. Viens voir, Kasterlee c’est juste à côté du paradis.

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à la toute fin de mon périple Flamand avec Charles Van Gisbergen artiste d’Anvers

 

2000

Août 2000

L’abbaye de Sénanque à Gordes en France. Abbaye Cistercienne du XII’ siècle. Exposition à laquelle je participe en tant qu’artiste ayant travaillé au Centre Frans Masereel en Belgique. (Aumônerie St-Jacques, Chapelle des pénitents blancs, Espace des Arts).

 

2000

Essayer ce matin de rédiger les pensées qui me venaient hier dans le dédale de mon retour à la maison après une journée de travail, après, juste après le démontage de mon solo Tambour d’eau à la galerie d’Engramme

Oui, j’ai accrochée seule, je me suis exposée seule, il fallait donc décrocher seule. 12 octobre au 20 novembre 2000. Ce matin donc, 20 novembre, je tente d’écrire l’ultime pensée. Oui je marchais et je me disais : je suis seule le matin à marcher tôt vers le bus, seule comme d’autres qui s’ajouteront sur mon chemin. Je suis seule encore le soir au retour et j’arriverai seule à mon toit. Je goûte jalousement ma solitude, m’inquiète de la vivre, quelle ambiguïté… Je m’interroge aussi sur ce besoin constant de bouger, de faire, de déambuler, entre deux espaces, deux lieux. Je suis toujours dans un port, entre, j’aime l’aéroport, cet entre-deux, je vis intensément le circuit entre, je m’énergise dans le flux du mouvement, les pas, les bruits de pas, trafic, stimuli. D’où me vient cette  nécessité, quel manque me pousse à courir, à remplir le temps. Ais-je raison? Ais-je tort? Pourquoi? Et j’aime et je fais ce que j’aime. Puis-je me contenter de demeurer à la maison? Puis-je vivre l’ordinaire d’un quotidien? Non!     Je circule dans le temps et les événements coulent sur moi et je participe à la vie. Je veux vivre.

 

Minimaliste dans le faire, je travaille en camaïeux et réalise mes projets plus particulièrement en relief sur bois ou sur carton.

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12 décembre 2000

 

Tempête!

L’Université, le CEGEP sont fermés. J’aurai nécessairement besoin de quitter la maison, l’atelier me manque, je voudrais y aller mais je ne pourrai pas faire l’horaire des Fêtes. Je passerai porter un chèque pour l’achat de  certains papiers, posterai deux diapos pour leur demande de subvention, je visualiserai encore certaines diapositives pour mes envois de dossier en janvier.

En marchant vers l’atelier je goûte quelques minutes du nulle part. Je suis bien dans ce cocon ouateux. Je suis dans l’entre, l’espace, partir vers, pas encore là. Comment nommer cet instant de paix, de bien-être, quand je suis-là, nulle part, sur le trottoir enneigé, nul promeneur solitaire dans mon blanc silence. Je savoure l’instant, l’air port. Je respire, je prends mon oxygène, je marche, glisse sans frein vers je ne sais où, plutôt, oui, je sais où je vais. J’entrerai en moi, expérience intérieure.

 

Je me dirige lentement vers un nouveau projet. Les griffes dans l’eau, j’écris au touché. Je veux écrire le temps qui s’écoule, donner à voir un journal sans mots, brefs instantanés d’air port où j’aborde l’expérience intérieure, ces nulle-part qui m’occupent, me préoccupent, m’attirent, me ressourcent. Donner à voir des espaces de méditation, surtout l’entre, cet espace où je ne suis ni ici ni là, juste entre, l’air port, avant le décollage, espace neutre, sans le passé, l’hier sans avenir, sans l’avenir. Espace d’expérience intérieure.

 

Voir carnet gris pour déposer photos de dessins variés ici

26 décembre 2000

 

3’appel de toi

Ça doit s’arrêter là

Je t’aime ma petite sœur dans ma tête, dans mon cœur

On ne va pas plus loin

Trop c’est trop

 

Écho d’ombre

Mes écrits ne portent pas de messages traduisibles, ils sont mouvements mis en bandeaux, je travaille par effacements.

traces de carnets (en cours)