Carnet 1997 à suivre

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1997

1’juillet 7hres27 du matin, le merle turlute son chant matinal, le pinson à gorge blanche le relance de son vocable singulier, je prête l’oreille aux dépliements du jour. Un doux matin pour commencer juillet et ce ver d’oreilles en soi. Par la présente, je proclame l’ouverture d’une abstinence particulière. Je ne lirai pas en ce mois d’été. J’étalerai mes états d’âme, mes impressions, mes sources vives s’il y a. À défaut de dérouler ma pensée. Je travaillerai à réfléchir les mots trouvés pour mon encyclopédie singulière, j’essaierai de traduire, d’extraire de mon moi profond jusqu’à atteindre une parfaite transcription de mes impressions à leur lecture. J’emploierai le conditionnel; le conditionnel retient le récit, l’écrit dans une sorte de tâtonnement…

2 juillet dans la nuit solitaire «Madame» cauchemar. Féminie s’écrit en dentelle lactée et chante nos mémoires ajourées, dessine nos grossesses obligées, nos sécheresses imposées. Trangressions, féminie en peau de soi, cheveux d’ange, fils fragiles, voile ondulant aux souffles de nos brises. Féminie, monologue aux fruits pulpeux de la langue femme en oubli dans l’intervalle silencieuse, dans la mâle liberté. Féminie en intertexte, ces mots que j’approuve et adopte, se superposent au vocable patriarcale jusqu’à l’effacement de ses signes d’appropriations qu’il a lui-même inventé jusqu’à rompre le silence ordonné.

3 juillet nuit de grandes pluies

Féminie, mot perdu, étouffé dans leur mutisme discrédité.

8 juillet j’ai faim de lire la langue, de m’emplir de sa poésie, j’ai faim du doux des mots, du chaud, du chant des mots, j’ai faim de nos mots. J’ai faim d’entendre, d’apprendre, j’ai faim de dire, d’écrire j’ai cri muet.

 

Écrit primal

Tambour d’eau «Office» page folle, feuille de paroles, la parole est maintenant au silence. Cette envie d’écrire, cette gourmandise de lire ou simplement de déguster un chapitre à la fois. Cette envie de dire, de ne pas savoir dire, ne pas savoir écrire, ne pas savoir tenir le stylet, le crayon, la pointe sèche, l’instrument scripteur.

Mes écrits s’inscrivent dans un mouvement de perpétuelle recherche, ils affichent leur lien à différentes écritures pratiques universellement. Parfois simulacres, plus que tout ils tentent de communiquer universellement. Est-ce la raison de mes graphies variables. Inconsciemment peut-être…Mais je sens s’ouvrir en moi une langue que je tente de tisser aux fils de ma mémoire. Mon écriture est un système de signes non linguistique. Parfois j’utilise notre système d’écriture manuelle linéaire à notation linguistique, je le rendrai (invisible) illisible à force de croisement, juxtapositions, superpositions, seule reste la linéarité. Matière première à l’écriture manuelle. Un continuum comme un murmure qui ne finit pas, semblable à la vie qui est ce qi nous continue, plus important que toute qualité.

Si mon langage se veut universel mon écriture a-t-elle la même ambition? Peut-elle avoir la même ambition de signifier à autrui? Ais-je vraiment l’intention authentique de communiquer? Ou n’est-ce pas plutôt le désir d’être vu, reconnu?

 

 

Écriture idéographique, pseudos idéogrammes, pseudos points de broderies, de travaux à l’aiguille. Anagrammes, hiéroglyphes, linéarisation de mes signes.

Idéogramme : le mot est représenté par un signe unique et étranger aux sons dont il se compose. Ce signe se rapporte à l’ensemble du mot et par là à l’idée qu’il exprime.

Dans la langue parlée Ferdinand de Saussure «le signifiant étant de nature auditive se déroule dans le temps seul et a les caractères qu’il emprunte au temps : il représente une étendue et cette étendue est mesurable dans une seule dimension : c’est une ligne. Cours de linguistique générale Edo Critique, Paris : Payot 1980 p.103

L’écriture lorsqu’elle est notation linguistique a donc recours à une linéarisation assurant une séquence de signes calquée sur celle de la langue parlée au sein de laquelle les signes linguistiques ne se déploient d’ailleurs jamais dans une simultanéité d’abord cacophonique puis illisible dans sa transcription. La linéarité de mes signes, autre commodité de l’écriture manuelle.

La linéarité implique l’utilisation de la ligne comme unité de construction des signes, elle répond au besoin de rapidité d’exécution de l’écriture manuelle en permettant d’inscrire les signes par des gestes continus de la main sans que l’instrument scripteur n’ait à être soulevé trop souvent ce qui en ralentirait le débit.

La linéarité matière première de l’écriture manuelle et la linéarisation exigence essentielle de l’écriture linguistique participent toutes deux à un continuum, une sorte d’idéal du désir d’une continuité dénuée de tout arrêt.

Un continuum comme un murmure qui ne finit pas, semblable à la vie qui nous continue, plus important que toute qualitéHenri Michaux

Cette persistance de la matière écrite rend paradoxalement l’écriture si semblable à la vie humaine, bordée par les pôles naissance et mort. Nous n’avons souvenir d’aucune de ces bornes, font-elles vraiment partie de la vie?

Demeurons à l’intérieur de ces limites et continuons de vivre. Cheminons à notre guise dans cette écriture en reprenant notre lecture ici plutôt que là et en relisant aussi souvent que souhaité les mêmes passages entre le premier et le dernier signe de l’écrit et nous sentirons tôt ou tard la très singulière sensation d’une éternité captive.

 

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30 septembre grandes pluies