Carnet 1995 à suivre

1995

Journal intime…et si je salissais le fond de mes coffrets, de mes encres, de mes mots, de mes collages. La civilisation de l’écriture Roger Druet/Herman Grégoire

Mur, murmure, mûrier mourir

Mes papiers cassés, carrés de soi, carrés de soie, caresse fine à chaque jour, effleurement, et si mes carrés étaient intégrés au fond chine collé avant de jouer et si mes carrés étaient peints sur mes fonds avant ou après ? Laminer ensemble les feuilles semaines, les coudre ensemble, texte écrit au plomb, puis à l’encre en superpositions. Suite plutôt que série. Mes mots, secrets, mes différences. Eaux fortes recouvertes de gouache, de mine de plomb, noir et blanc traces saignantes.

            Composition et explication Gertrude Stein

Description : nombre d’éléments variables, dimension totale variable, aucun ordre obligatoire, disposition variable.

 

Margeries L’espace littéraire Le texte et le corps La confession coupée Livre des ressemblances L’écriture comme geste

 Les portes de toile Un corps sans ride Le génie de la ponctuation Le monologue du peintre

Journal de Robert Groborne Une lecture Les Georgiques de Claude Simon Répertoire International de la littérature de l’art Disque de PhoestosPsautier Stèle punique Bois parlant Les vanilliers So,shin I  II  III IV

L’homme regarde. Il regarde cette femme drapée de nuit, cette femme enturbannée de nuit, cette femme jamais complètement détachée du sombre et de l’inconnu…

Effraction  La poésie du tiroir  Le Dé bleu  Le Noroît

 

Je souffre le langage

J’accoste le mot glissant des méandres de ma tourmente

Mes images ne veulent pas crever

Papier pollué décharge de lettres et de mots

Sur la page le tremblement du jour : tu disais que les mots sont morts

 

Un poète est vivant là où se trouve son livre / René Char

Hôpital : un monde de vie entre parenthèses

Des veillées au parfum de paraffine et de fumée

 

Candillac  Essai dur l’origine des connaissances humaines

 

vue sur l’amer dessein abstrait miroir en miettes carnets… journaliers les sentes fragments inédits cahiers mes poisons perles de verre siloë les fines attaches silenciaire Walden

Mais la couleur aussi était pleine de silence je veux des olives noires  le vrai peintre ne sait pas peindre, il cherche.

La vie est orientale, elle est lente et se compose comme un bouquet de fleurs qui est un art inutile et nécessaire.

Morceaux de temps brûlants  entre l’écriture    Mimosa   Antouylia, Amyriam, Aura

Suite; l’innommable, comment c’est? Texte pour rien, assez, sans, la galerie des crevées, Belacqua, Nô, Ohio impromptu

 

? date

En silence j’écoute les bruits de la vie, ses mots m’effleurent, me touchent, m’envahissent, m’habitent, sources intarissables; dans la solitude de l’atelier je les réentends, réécrits, reconstruits bride par bride afin d’en déployer les rythmes intérieurs. J’efface, je cache, je voile et donne à voir l’infinie présence du silence après le bruit. Écriture de l’intériorité, volubilité éclose.

Dès l’enfance je possède cet esprit artistique venu des générations de fibres textiles qui coulent dans mes veines. J’ai fait mes premiers pas appuyée sur des pièces de lin, celles de laine, j’ai effleuré les soies, pressé les cotons. Les batistes, les broderies anglaises, les dentelles, les organdis, les tulles, les voiles, sont mes livres d’enfant. Le papier est une matrice souple qui accueille l’écriture de l’intériorité, comme le textile garde la trace du corps dans ses plis. La fragilité du papier est réceptacle privilégié comme chambre d’écho ou désert de l’imaginaire.

Florilèges, fardeaux de mémoires ou saisons froissées, les mots sont là pour cogner le silence, prétextes à ma recréation. Les mots m’inspirent, m’enveloppent, m’enroulent et je crée. Je les réinvente et le support tout autant que sa charge sont le refuge d’une éternité pliée. Habitée de mots là sur le papier mémoire, le dialogue entamé, je cherche la lenteur. Dans la solitude de l’atelier je les étale comme médium, comme signes, comme formes.

Avec le temps le voyage comme atelier, comme matériel, le dépaysement comme canalisateur d’énergie, être physiquement présente, m’immerger dans un lieu spécifique fait partie intégrante de mon projet que je qualifie d’empreinte expérimentale, qui ne sera jamais que ma version de moments vécus. La pensée créatrice s’allume en croisant l’inconnu, l’inattendu, l’accident, le désordre, l’absurde et l’impossible. La créativité est déclenchée par un germe et parfois elle n’a pas ce germe, mais un début de folie qui en soi est une création valide, c’est aussi  cela ma création. Quel bonheur de voir ainsi, aussi différemment que le commun des mortels. Manque de jugement, de formation, de connaissances, peut-être pour certains. Mais je suis si pleine de ce manque que je vois tout ce qu’il y a à voir, rien de plus, rien de moins. Je dis souvent que l’artiste est privilégié de posséder ce don, cette capacité de réaction/création. Oui l’artiste pose un regard différent sur la vie car il voit autrement le quotidien, l’artiste s’extasie en levant les yeux sur la toile d’araignée, en flânant sur le bitume gazéifié, le pavage fêlé, sur un fragment inconnu, rouge sali. L’artiste savoure la poésie d’une couleur passée, d’une bruine matinale, d’un organdi de givre, d’une dentelle d’ombres, il se trouble aux bruits du vent, aux chants du lac, au ressac de la mer, aux grondements de tonnerre.

Contemplateur, c’est dans ces moments privilégiés qu’il attrape la lenteur, qu’il écoute, qu’il entend, qu’il enregistre, qu’il collectionne, sélectionne, trie, mémorise. L’artiste vit là sa solitude au milieu de la foule. Elle approfondie la vie, é-crit

Nids de papier d’une volubilité éclose.

elle écrit sur la page blanche

avec le doigt suit les fibres du papier

jusqu’où la main rencontre le grain

secrète volupté

elle retient son souffle

devine des ailleurs

suscite des effleurements immédiats

……………………………………..

Mes suites: monologue-dialogue, la marelle, un jardin grand comme un grain de moutarde, reliquaires pour morceaux de soi, donner à voir aveugles I see, brides bavardesconfidences minimalesjournal intimeencyclopédie singulièretambour d’eaubleu misaoles griffes dans l’eau, j écris au touchersur un fond blancpli et pluie. Dans chacune je m’averse, m’orage de tous ces mots….  pour créer des signes de transparence en encre d’haleine, des taches d’ombres…

IMG_2977

 

 

à suivre