Ce grain de folie

Oui, ma bête a ses rituels, ainsi chaque matin, l’artiste au bout de la laisse suit son chat dans sa randonnée matinale.

Dans ce dédale quotidien, mon chat et moi collectons les lumières, les embruns, les ambiances. Mais nous recherchons surtout un état, la lenteur. C’est dans ce mode plus réceptif que nous respirons la grâce offerte et nous, nous en imprégnons.

Quand il s’arrête, je dois obtempérer et l’accompagner dans l’observation rêveuse qu’il entreprend, même si parfois le temps s’étire outrageusement. L’art de prendre son temps, s’affirme comme un impératif au processus créatif chez le chat comme chez l’humain.

De retour à l’atelier, mon Poilu s’exécute frais et dispos. Oui, il a quatre pattes, mais seulement deux gants griffés et c’est avec ceux-ci qu’il s’acharne de longues heures quotidiennement. Il s’empare de chaque chute de papier trouvée au sol, il connaît tous les papiers fins à dessins, les Ingres, le Canson, les calques ou les plus épais à gravures, les Somerset, les BFK.

Il préfère de loin les sacs abandonnés dans un recoin de la maison, il aime les recycler. Le sac lui inspire le jeu, la cache ou des envols fulgurants. Quand il l’abandonne, je choisis de le reprendre délicatement, de le décortiquer dans ses moindres détails. Apparaît alors une calligraphie orientale ou même un dessin de Twombly.

Et parfois comme un grain de folie cette observation me précipite en atelier, stimule un  besoin urgent de dessiner, d’expérimenter, je pars d’un simple trait ou d’un fragment d’image, le recrée sur ma plaque de zinc, de cuivre, de plexi, de carton, chaque matrice m’amènera dans un ailleurs singulier. Si je choisis le métal comme expérience, ce sera alors un événement autre qui surviendra selon la matière privilégiée, même le bain d’acide influence car tout est dans le dosage. Si j’utilise un vernis, ce sera aussi ma pointe sèche dans le vernis dur ou l’empreinte dans le vernis mou qui influencera mon choix et à chaque fois une image nouvelle naîtra. Ce feuil de temps patiemment superposé se poursuit dans un long travail d’analyses, de réflexions, de décisions. J’emprunte, j’adopte au final ce qui résonne au jour d’aujourd’hui, car ma création est gestuelle et intuitive, souvent floue et insaisissable. Oui, ce début de folie, ouvre sur une création valide. Mes compagnons d’atelier: Cid ci-haut et Flocon ci-bas. Le fil bleu de nos promenades.

 

Copyright 2017 Denise Pelletier   All rights reserved

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