Je m’adresse à vous chère muse,

Pour toutes ces années à vivre ensemble qui mérite bien l’hommage. Vous dire simplement, serait dommage. Mais, comment rayonner sur le velours de nos rencontres. J’espère ici déposer le vrai des mots, ceux si juste que l’on sache la place que vous prenez dans ma vie au quotidien.

 Avant votre venue il y avait les camaïeux tranquilles, tous ces blancs sur blancs qui vous sont contrastes. Puis lentement je vous ai vu vous installer là, une première fois puis une seconde jusqu’au jour où vous avez pris tant de place, toute la place.

Depuis ce jour à la toute fin de mes projets en arts visuels, toutes mes suites ont trouvé refuge dans vos ombres souvent intimistes, mais parfois se sont aussi éclatées dans vos ciels couturiers.

Que ce soit en estampe ou en photographie, je clos maintenant ces suites nombreuses et confirme chacune avec ces mots Ouvrière du noir.

Car je travaille au noir en silence et avec vous dans la lenteur, vous laisse déployer les visages de vos émotions…

C’est dans mes ¨bleu misao¨ que vos racines se sont insinuées la première fois puis dans le tryptique autour des poèmes d’Henri Michaux (l’espace aux ombres) comme il dit.

Lorsque le sous-marin Koursk de la flotte Russe a fait naufrage en 2000, le monde entier est sidéré par l’événement.

Comme je suis une éponge, c’est ce fragment de texte de Kolesnikov membre d’équipage, décrivant la catastrophe, l’agonie de  l’intérieur, qui m’emporte lui, dans une voie plus noire encore

« Il fait trop sombre ici pour écrire, mais je vais essayer au toucher. Il semble qu’il n’y ait pratiquement aucune chance, 10 – 20 %. J’espère qu’au moins quelqu’un lira ceci. Voici la liste de membres d’équipage des autres sections qui sont maintenant dans la neuvième et qui vont essayer de sortir. Salut à tous, pas besoin d’être désespéré. Kolesnikov.»

Je réaliserai là, une première série de 14 estampes au titre inspiré les griffes dans l’eau, j’écris au toucher. Et c’est ici que le plus sombre de vos atouts prend vie, je découvre votre noir d’encre Charbonnel qui ne me quittera plus. Qui m’habite et signe tous mes travaux de création.

 Cher noir muse, vos robes sombres habillent d’élégance mes inspirations aux noms  plus floraux : bouquet de pluie / chambre végétale / fleur de novembre / les laissées /  sur un fond blanc / 

                            

Vos noirs somptueux enveloppent mes : / calme oriental / la fleur inverse / froissement de nuit / l’arbre à pluie / les ancolies /  désir en eaux fortes /        

Votre noir douceur illumine mes : / poussière du soir / désir premier /réminiscence / fugue / soie / pluie /      

Votre froid parfois si noir se prolonge dans : / à bout d’ombre/  l’en-dehors / je m’orage / les stèles /archives des griffes /                                           

Votre noir lumière donne à voir : / aveugle I see / chambre d’eau / fenêtres avec vue / les lucioles /

Votre noir silence exhume : / mémoire nomade / bride bavarde / prière d’insérer / l’ardoise de l’âme / archives du désir / oreiller d’herbes

L’un d’eux, l’outre noir peut-être, parle de l’attente dans : / Kawabata / interroger l’intensité /  le gris vent / le temps qu’il fait.

Tous ces titres naissent d’ici et de là, du temps, du livre, du voyage, toujours de l’ailleurs. Sans vous muse noir, ma muse, serais-je muselée?

La couleur dénature, trahie, efface même le travail, on ne voit plus que son éventail, ses nuances. Il me reste ces camaïeux d’hier, avant vous…

tambour d’eau / ruthmos / confidences minimales / quiet garden / the idea of north /             hiver clinique / muettée /

Tandis qu’avec vous cher noir, chaque jour me transporte, me permet un dialogue universel. Ne me quittez pas ma muse, mon noir d’encre, ensemble poursuivons.

                                                                                                               Ouvrière du noir.

Copyright 2017 Denise Pelletier   All rights reserved

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