Photo et texte: Anne Rochelle

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De bonne heure, ce matin, une citation venue de Grèce dans sa boîte mail. Une jolie déclaration de rupture, sans animosité, sans méchanceté. Une de plus. La nième. Des mois qu’elles s’enchaînent, souvent avec un ton autrement plus violent, et à une cadence qui n’a cessé de s’accélérer. Alors sur le chemin du retour, elle pense, elle pense énormément, forcément. Aux mots entendus hier, lorsqu’elle a parlé à l’amie étrangère. Une Mia en pleurs, qui la suppliait de revenir à la maison, parce qu’il était rentré de voyage accompagné d’une femme. Et puis surtout, ses mots à lui, sur l’écran de son téléphone, qui lui disaient son amour passé, son amour toujours, quand elle le savait aux côtés de cette autre. Comment ne pas se remémorer les premiers jours ? Le cœur palpitant, à l’écouter se raconter. Captivée, enamourée, attendant impatiemment chacune de ses réponses aux messages qu’elle multipliait. La douceur providentielle et tant attendue, la femme-gisement, inépuisable, l’aimée, l’adorée, c’était elle, alors… Mais ces mots-là, désormais, sont pour l’autre, sûrement. Celle avec qui il vient de partager plusieurs nuits, avant même de rompre, la mettant devant le fait accompli. Bien-sûr elle ne peut s’empêcher de culpabiliser. Combien son propre bonheur a du faire le malheur de celle qui l’a précédé. Du cœur au corps tout entier devenu douleur. Oublier. Oublier son visage, quand il lui souriait. Effacer. Effacer de sa mémoire le timbre de sa voix, quand il était tendre. Faire obstruction aux souvenirs du bonheur. Garder en mémoire les mots durs, l’impatience, les mensonges, la tromperie. Le temps de sauver sa peau. De protéger son cerveau. Le temps qu’il faudra, avant de revenir au beau.

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